Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304528
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2304528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 mai 2023 et 29 mai 2024, M. B C, représenté par Me Delimi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions, contenues dans un arrêté en date du 11 avril 2023, par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admette au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de cette décision et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Delimi renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme.
Il soutient que :
En ce qui concerne la mesure d'éloignement :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle a été prise sans qu'il ait été mis en mesure de présenter des observations écrites ni ses observations orales sur sa situation personnelle, telle qu'elle se présentait à la date de la décision attaquée, s'agissant notamment de ses craintes au Mali et non au moment de l'enregistrement de sa demande d'asile, en méconnaissance des articles 41 et 51 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des principes généraux dont celui du droit à une bonne administration ;
- elle a été prise en méconnaissance de stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Declercq ;
- les observations de Me Delimi, représentant le requérant, qui maintient ses conclusions et moyens ;
- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11 h 56.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien, a sollicité l'asile le 14 septembre 2021. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 janvier 2022. C'est dans ces conditions que, par arrêté du 11 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. C ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence :
3. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a, par arrêté du 25 juillet 2022, donné dans son article 3 délégation à M. A, signataire de l'arrêté contesté, afin de signer notamment les décisions portant refus d'admission au séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision contestée, qui vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui précise que la demande d'asile de M. C a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 14 janvier 2022, notifiée le 29 janvier de la même année, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 2 mars 2023, notifiée le même jour, est ainsi suffisamment motivée et ne témoigne pas d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; c) l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions. () ". Toutefois, si l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise, que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, n'établit pas qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ladite décision. Dès lors, le moyen tiré par M. C de la violation de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. M. C soutient que sa vie privée et familiale se trouve en France, qu'il y dispose d'un domicile et y travaille depuis le mois de novembre 2022, sans avoir jamais troublé l'ordre public. Toutefois, il n'est pas contesté que M. C ne réside habituellement sur le territoire français que depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée et ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle en France. Enfin, M. C ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il encourrait dans son pays d'origine à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que la décision fixant le pays de destination doit être distinguée de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. En premier lieu, M. C soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée. Elle vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables et rappelle les principaux éléments de la situation administrative, familiale et personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
10. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée.
11. En troisième lieu, M. C soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif qu'il est exposé à un risque réel de subir des traitements inhumains ou dégradants constitutifs d'une atteinte grave à sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, le Mali. Il fait ainsi valoir le risque de persécutions eu égard à son orientation sexuelle, contraire aux mœurs promues au Mali et sévèrement réprimée. Toutefois, M. C, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produit à l'appui de ses allégations que son adhésion le 4 février 2023 à l'association ARDHIS qui lutte en faveur de la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans, adhésion qui à elle seule ne suffit pas à établir ses allégations. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée ait été prise sans qu'il ait été procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Delimi.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M. DECLERCQLa greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,