Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305190
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO 14 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, M. C B, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant à voir reconnaître sa demande de logement comme étant prioritaire et urgente, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 21 avril 2023.
Il soutient que :
- il a produit les pièces complémentaires demandés par la commission de médiation ;
- il est actuellement au CROUS, son contrat prend fin le 30 août 2023, le CROUS n'est pas soumis à la trêve hivernale, il craint de se retrouver à la rue et de perdre son travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête ; elle indique que M. B ne remplit aucune des conditions pour se voir reconnaître le statut de prioritaire et que par ailleurs il a été relogé le 23 mars 2024 dans un logement de type T3 du parc social à Vitry-sur-Seine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme F, première vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application
de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de Mme F, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 28 décembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une lettre du 3 janvier 2023 la commission de médiation du Val-de-Marne lui a adressé une demande de pièces afin d'instruire son dossier en lui précisant que, passé un délai de trois mois à partir de la réception des pièces demandées et au plus part le 3 février 2023, le requérant devait considérer que son recours était rejeté. Le silence conservé par la commission de médiation
du Val-de-Marne pendant un délai de trois mois a fait naître une décision implicite de rejet. M. B a formé un recours gracieux le 21 avril 2023 contre cette décision qui a été réceptionné par la préfecture du Val-de-Marne le 24 avril 2023. Le silence conservé par la commission de médiation du Val-de-Marne pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de ce recours. Par la requête susvisée, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision implicite rejetant son recours amiable ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de
l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. ().. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; ()- avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; ()La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié depuis septembre 2020, d'un contrat d'occupation temporaire d'un logement en résidence universitaire passé avec le Centre régional des œuvres universitaires (Crous) de Créteil en application des textes applicables à cet établissement public et de l'article L. 442-8-4 du code de la construction et de l'habitation.
6. Les Crous sont des établissements publics à caractère administratif chargés de remplir une mission de service public en vertu des articles L. 822-1, R. 822-1 et R. 822-14 du code de l'éducation, en accordant notamment, par décision unilatérale, des logements aux étudiants. Les logements qu'ils attribuent à ce titre ne peuvent être regardés comme un logement de transition ou un logement-foyer au sens des dispositions du code de la construction et de l'habitation.
7. D'autre part, M. B, employé par l'Association pour le Logement des Jeunes E (A) en contrat à durée indéterminé depuis novembre 2022, n'a plus le statut d'étudiant, et n'a ainsi plus le droit d'occuper un logement dans une résidence universitaire. S'il soutient et établit que son contrat d'occupation d'un logement en résidence universitaire arrive à échéance le 30 août 2023, à la date des décisions attaquées, il était toujours titulaire de son logement et n'avait pas fait l'objet d'un jugement d'expulsion. Enfin, il n'a déposé une demande de logement social que le 22 février 2022.
8. Enfin, il n'est pas contesté qu'un logement de type F3 d'une surface de 42 m2,
situé à Vitry-sur-Seine, relevant du parc locatif social, a été attribué à M. B et que son bail a pris effet le 29 mars 2024.
9. Dans ces conditions, outre que M. B n'établit pas devant le juge qu'il se trouvait, à la date des décisions attaquées de la commission de médiation, dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La magistrate désignée,
S. F
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière