Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305425

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête n° 2305425 enregistrée le 1er juin 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision conforme à ses droits et à sa situation ;

Il soutient que :

- il est sans domicile fixe et est domicilié au centre communal d'action sociale de la commune de Valenton ;

- c'est à tort que la commission de médiation a estimé qu'il n'a pas effectué de démarches préalables dans la mesure où il a simultanément déposé un recours relatif au droit à l'hébergement opposable ;

- la décision attaquée manque de base légale ;

- l'article L. 441-2-3 II du code de la construction et de l'habitation ne conditionne pas le recours amiable au titre du droit au logement opposable au recours prévu à

l'article L. 441-2-3 III du même code relatif au droit à l'hébergement opposable.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II/ Par une requête n° 2309336 enregistrée le 11 septembre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux contre la décision du 23 mars 2023 rejetant son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande d'hébergement d'urgence dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

- il est sans domicile fixe, demandeur de logement social et occasionnellement hébergé par des tiers ;

- il a formé une demande relative au plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées et est inscrit au service intégration de l'accueil et de l'orientation du Val-de-Marne (SIAO 94).

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de

l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de Mme D, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 7 mars 2023 tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 23 mars 2023 dont M. A demande l'annulation. Il demande également l'annulation de la décision du 22 juin 2023 par laquelle cette commission a rejeté son recours gracieux.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes n° 2305425 et n° 2309336 présentées par M. A concernent la situation du même citoyen au regard de ses droits au titre de l'hébergement opposable et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le cadre juridique applicable :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3 : " (). III.- La commission de médiation peut [] être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. Le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région désigne chaque demandeur au service intégré d'accueil et d'orientation prévu à l'article L. 345-2-4 du code de l'action sociale et des familles aux fins de l'orienter vers un organisme disposant de places d'hébergement présentant un caractère de stabilité, de logements de transition ou de logements dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale correspondant à ses besoins et qui sera chargé de l'accueillir dans le délai fixé par le représentant de l'Etat. L'organisme donne suite à la proposition d'orientation, dans les conditions prévues aux articles L. 345-2-7 et L. 345-2-8 du même code. En cas d'absence d'accueil dans le délai fixé, le représentant de l'Etat désigne le demandeur à un tel organisme aux fins de l'héberger ou de le loger. Au cas où l'organisme vers lequel le demandeur a été orienté ou à qui il a été désigné refuse de l'héberger ou de le loger, le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région procède à l'attribution d'une place d'hébergement présentant un caractère de stabilité ou d'un logement de transition ou d'un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale correspondant à ses besoins. Le cas échéant, cette attribution s'impute sur les droits à réservation du représentant de l'Etat dans le département. Les personnes auxquelles une proposition d'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale a été adressée reçoivent du représentant de l'Etat dans le département une information écrite relative aux dispositifs et structures d'accompagnement social présents dans le département dans lequel l'hébergement, le logement de transition, le logement-foyer ou la résidence hôtelière à vocation sociale est situé et, le cas échéant, susceptibles d'effectuer le diagnostic ou l'accompagnement social préconisé par la commission de médiation. /(). ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. /(). ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Par sa décision du 23 mars 2023, la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté le recours amiable présenté par M. A aux motifs que celui-ci ne justifiait pas avoir effectué de démarches préalables en matière d'accès à l'hébergement et que sa situation ne répond pas aux critères de priorité et d'urgence. Par sa décision du 22 juin 2023, cette même commission de médiation a rejeté son recours gracieux aux motifs que, si le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) du Val-de-Marne a bien été saisi et qu'une résidence sociale a été préconisée pour M. A, la procédure a été engagée et doit se poursuivre et qu'en tout état de cause M. A n'a pas apporté d'éléments supplémentaires lui permettant de prendre une décision favorable.

7. En l'espèce, il n'est nullement contesté, et est même reconnu par la commission de médiation dans sa décision du 22 juin 2023, que M. A a saisi le SIAO du Val-de-Marne et qu'il n'a pas été hébergé en dépit de cette saisine. Il doit ainsi être regardé comme ayant effectué des démarches préalables, ces dernières s'étant au demeurant avérées vaines, justifiant que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente. La circonstance que " la procédure a été engagée et doit se poursuivre " est sans incidence sur le caractère prioritaire et urgent de cette même demande d'hébergement dans la mesure où le requérant soutient sans être contesté être sans domicile fixe depuis sa séparation de corps avec son ex-épouse. Dès lors, en rejetant le recours de M. A, tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue comme prioritaire et urgente, la commission de médiation du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision litigieuse du 22 juin 2023 doit être annulée ainsi que, pour les mêmes motifs, la décision initiale du 23 mars 2023.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

7. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande d'hébergement de M. A implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er: Les décisions du 23 mars 2023 et du 22 juin 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande d'hébergement de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 204.

La magistrate désignée,

S. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305425