Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305544

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 juin 2023, 3 août 2023

et 21 janvier 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités ;

Il soutient que :

- ayant une formation d'informaticien, il a besoin de se rapprocher de Paris, où sont localisés la quasi-totalité des emplois d'informaticien, dans la mesure où son logement actuel est situé à plusieurs heures en transports de Paris ; cette circonstance n'a pas été prise en compte par la commission de médiation

- il fait l'objet de discriminations récurrentes par son bailleur social et la commission de médiation ;

- il a fait une demande de mutation, sous la forme d'une demande de logement, et en tout état de cause cherche à changer de bailleur ;

- la taille et la typologie de son logement l'empêchent de recevoir son fils depuis 2016 ; il vit dans un logement de type T1 alors qu'il peut prétendre à un logement de type T3 et que ses voisines dont la configuration familiales est identique à la sienne ont des logements de cette superficie ;

- il fait l'objet de nuisances causées par sa voisine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'état de suroccupation invoqué par le requérant n'est pas avéré et qu'il appartient à ce dernier de former une demande de mutation auprès de son bailleur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de

l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de Mme D, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 9 novembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 4 avril 2023 dont M. A demande l'annulation.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Aux termes de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Par sa décision du 4 avril 2023, la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté le recours amiable présenté par M. A aux motifs que les éléments fournis à l'appui de son recours ne permettent pas de caractériser les situations de sur-occupation et d'urgence invoquées dans la mesure où il réside avec son fils dans un logement de 24,4 mètres carrés et qu'étant logé dans le parc locatif social son recours relevait d'une mutation à exiger auprès de son bailleur.

7. En premier lieu, M. A soutient qu'en tant qu'informaticien il lui est impossible d'obtenir un emploi en dehors de Paris. Il fait valoir que la commune dans laquelle il réside est mal desservie par les transports en commun et qu'il lui faudrait environ cinq heures de trajets quotidiens pour se rendre à Paris. Toutefois, M. A ne produit aucun élément établissant qu'il exerce une activité professionnelle sur Paris, ni qu'il ne lui serait pas possible de trouver un emploi en adéquation avec sa spécialisation et son niveau d'études en dehors de Paris.

8. En deuxième lieu, M. A fait valoir que sa composition familiale nécessite un logement de taille T2 ou T3. Toutefois, il ne ressort pas des pièces fournies par le requérant que la configuration de son logement soit inadaptée au regard du droit de visite et d'hébergement dont il bénéfice à l'égard de son fils, encore mineur à la date de la décision attaquée. Son logement, d'une surface de 24 mètres carrés pour deux personnes, n'étant au demeurant pas suroccupé au sens des dispositions précitées au point 5. Enfin, la circonstance que ses voisins présentant une structure familiale proche de la sienne, occupent des logements plus grands que le sien est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. De même, les allégations de discrimination relatives à l'attribution d'un logement adapté à ses besoins familiaux par rapport aux logements dont bénéficient ses voisins ne sont, quant à elles en tout état de cause, pas étayées par des éléments suffisamment probants et circonstanciés pour pouvoir en apprécier le bien-fondé.

9. En troisième lieu, M. A allègue qu'il ferait l'objet de nuisances de la part de sa voisine. Il ressort des pièces du dossier qu'il a déposé une plainte à l'encontre de la voisine, habitant en face de chez lui, dont il soutient qu'elle l'importunerait régulièrement par des faits de tapage, qu'il a déjà signalés aux forces de l'ordre, et des injures régulièrement réitérées et qu'elle aurait dégradé sa voiture. Toutefois, ces circonstances, à les supposer avérées, ne sauraient établir le caractère inadapté de son logement en l'absence de risques graves et personnels.

10. En quatrième et dernier lieu, si la commission de médiation du Val-de-Marne estime qu'il était loisible à M. A de formuler une demande de mutation à son bailleur social compte tenu de ce qu'il réside déjà dans un logement social, cette circonstance n'exclut pas qu'il puisse être désigné comme devant être relogé de manière prioritaire et urgente dans le cadre du dispositif du droit au logement opposable dès que celui-ci en remplis les conditions. Toutefois, ainsi que cela a été indiqué aux points 7, 8 et 9 du présent jugement, M. A n'établit pas occuper un logement inadapté ou suroccupé. Dans ces conditions, à supposer que le formulaire de demande de logement corresponde bel et bien à une demande de mutation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce que précède que M. A ne conteste pas sérieusement les motifs de rejet de son recours amiable et n'établit pas devant le juge qu'il se trouvait, à la date de la décision de la commission de médiation, dans l'une des situations envisagées à

l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. Par suite, ses conclusions en annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305544