Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306290
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306290 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Chambre DALO 14 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, M. A C, représenté par Me Brochard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 38 000 euros, au jour du dépôt de la requête et à parfaire jusqu'à ce qu'il soit mis fin à ses préjudices tenant aux troubles de toute nature que les manquements de l'Etat lui causent, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est toujours pas relogé au jour du dépôt de la requête alors qu'il a été reconnu prioritaire et urgent par une décision de la commission de médiation du Val-de-Marne du 20 mai 2021 et que le tribunal de céans a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui attribuer un logement, par une ordonnance en date du 30 juin 2022 ;
- il a subi un préjudice dans ses conditions d'existence du fait de cette carence fautive car il est hébergé chez des tiers ou dans la rue ; le caractère précaire de ces logements et les conditions de vies qui en résultent lui causent un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée.
Elle fait valoir que :
- le requérant a été relogé dans un logement de type T1 le 26 juin 2023 ;
- le requérant été hébergé chez un tiers depuis le mois de mars 2017 et ne démontre pas l'existence de ses préjudices ; trois adresses d'hébergement différentes datées du 27 décembre 2022 ont été jointes à la requête, faisant état d'adresses différentes à La Courneuve, Vitry-sur-Seine et Villejuif, ce qui jette le discrédit sur les déclarations du requérant.
Par une décision du 17 mai 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 20 mai 2021 par la commission de médiation du Val-de-Marne. En l'absence de relogement, M. C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 13 janvier 2023 à la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée par une décision implicite. Par la requête susvisée, M. C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser 38 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti, qui commence à courir, dans le Val-de-Marne , à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C s'est vu reconnaître le 20 mai 2021 un droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : "" Attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ; Dépourvu de logement/Hébergé chez un particulier ". S'il ressort de trois attestations établies le même jour par M. F C, par M. E C et M. B C qui indiquent héberger le requérant à leurs domiciles situés au 64 rue Jules Lagaisse à Vitry-sur-Seine, au 36 rue Jean Vernet à La Courneuve, et au 21 allée des Hautes Sorrières à Villejuif, cette contradiction apparente doit être mise en perspective avec la circonstance que l'intéressé, qui bénéficie d'une domiciliation administrative au service de l' " Accueil fraternel 94 " au Kremlin-Bicêtre, est conduit à changer de résidence en raison de ce qu'il est dépourvu de domicile. En conséquence, la contradiction d'adresse relevée par la préfète du Val-de-Marne ne suffit pas à caractériser une incohérence dans la domiciliation de M. C de nature à le priver de son droit à réparation qu'il tient de la carence fautive de l'administration à le reloger conformément aux prescriptions de la décision de la commission de médiation.
4. En second, la préfète du Val-de-Marne verse au débat un extrait de l'application " Syplo " indiquant que M. C a signé un contrat de bail avec l'opérateur " Paris Habitat " et qu'il été relogé le 26 juin 2023 dans un logement social répondant à ses besoins et capacités. Cette pièce, communiquée au requérant, n'a pas été contredite. Par suite, si M. C est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 26 juin 2023.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
5. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 19 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total une personne, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser au requérant une somme de 400 euros.
Sur les intérêts :
6. Le requérant a droit aux intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2023, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
Sur les frais d'instance :
7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. L'Etat étant la partie perdante, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. C une somme de 400 (quatre cents) euros au titre des dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal calculés à compter du 13 janvier 2023.
Article 2 : L'Etat versera à Me Brochard une somme de 1 100 (mille cent) euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Brochard, au ministre en charge du logement et à la préfète du Val-de-Marne.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2306290
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