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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306440

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306440

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306440
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO 14
Avocat requérantSELAS JOVY GUINCESTRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023, M. A B, représenté par Me Jovy, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 au titre des dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral ;

2) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 au titre des dommages et intérêts en réparation de son préjudice financier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- par une décision du 15 mars 2018 la commission de médiation du Val-de-Marne l'a reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence, ainsi que sa famille, mais il n'a reçu aucune proposition de logement au jour du dépôt de la requête, et ce alors que le tribunal de céans a enjoint la préfète du Val-de-Marne de lui attribuer un logement par une ordonnance du 8 avril 2019, ce qui est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il est dans une situation financière et personnelle particulièrement difficile parce que les quatre membres de sa famille vivent dans la même chambre d'un hôtel social, alors que lui et sa femme travaillent et que ses deux enfants sont scolarisés ;

- la carence de l'Etat l'oblige à se loge à l'hôtel, ce qui contraint notamment ses enfants à étudier par terre au milieu de la chambre de ses parents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée.

Elle fait valoir que :

- le Samu social héberge le requérant et sa famille depuis novembre 2012 ; depuis novembre 2017, cette famille réside dans un appartement situé dans un établissement hôtelier ;

- un logement de type T3 a été proposé au requérant en juin 2019, que ce logement était adapté à ses besoins et à ses revenus mais a pourtant été refusé par le requérant au motif que la commission de médiation préconisait un logement de type T4 ;

- le motif de refus du requérant n'est pas légitime alors qu'il vivait dans une chambre de 13m² avec sa femme et ses deux enfants ; dans son recours amiable en date du 14 décembre 2017, le requérant indiquait vouloir bénéficier d'un logement de type T3 ; l'Etat a été délié de son obligation de relogement dès lors qu'une proposition de relogement a été faite au requérant mais que ce dernier y a fait échec en fournissant au bailleur un dossier avec des pièces irrégulières ;

- le requérant a été relogé avec sa famille dans un logement de type T4 le 8 août 2023 ; l'Etat a financé le coût de la prise en charge en hôtel social du requérant et de sa famille.

Par une décision du 19 avril 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 15 mars 2018 par la commission de médiation du Val-de-Marne. En l'absence de relogement, M. B a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 9 décembre 2022 à la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée par une décision implicite. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti, qui commence à courir, dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B s'est vu reconnaître le 15 mars 2018 un droit au logement opposable pour un logement de type T4 par la commission de médiation pour les motifs suivants : " Dépourvu de logement/Hébergé chez un particulier " et " Logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé(e) ". S'il résulte de l'instruction que l'intéressé a bénéficié avec les membres de sa famille d'un premier hébergement dans une chambre de 13 mètres carrés au titre du dispositif d'accueil géré par la Samu social depuis le mois de novembre 2012, puis d'un second hébergement dans un appartement situé dans un établissement hôtelier, de tels hébergements n'ont pu conférer à M. B l'autonomie à laquelle il pouvait prétendre en vertu de la décision de la commission de médiation précitée. En conséquence, de tels hébergements ne sauraient délier l'administration de son obligation à exécuter la décision de la commission de médiation.

4. En deuxième lieu, d'une part, il ressort de la décision du 15 mars 2018 que M. B s'est vu reconnaître un droit au logement opposable pour un logement de type T4. Par un jugement n° 1808329 du 8 avril 2019, le tribunal administratif de Melun a enjoint à l'autorité préfectorale d'attribuer au requérant un logement répondant à ses besoins et à ses capacités de type T4 avant le 1er juillet 2019. D'autre part, il résulte de l'instruction que le logement proposé à M. B en juin 2019 était un logement de type T3. Compte tenu de l'âge des enfants, de leur différence de genre et de leur degré d'autonomie, un tel logement peut être regardé comme générant une promiscuité non compatible avec le bon développement des enfants. Par suite, et nonobstant la circonstance que l'intéressé et sa famille étaient au moment de cette proposition hébergés dans une chambre d'hôtel de 13 mètres carrés, M. B pouvait légitimement refuser une telle proposition de relogement.

5. En troisième lieu, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que M. B a signé un bail et a été relogé à compter du 8 août 2023 dans un logement de type T4 sur la proposition des services de la préfecture. La préfète du Val-de-Marne produit à cette fin un extrait de l'application de gestion " Syplo " confirmant l'entée de la requérante dans les lieux (appartement de type T4, à Maisons-Alfort, bailleur Sa Hlm Antin Résidence) après la signature du contrat de bail. Le mémoire en défense, communiqué à l'intéressé, n'a pas suscité de démenti. Par suite, si M. B est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 8 août 2023.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

6. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 58 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total 4 personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser au requérant une somme de 4 850 euros.

Sur les frais d'instance :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. L'Etat étant la partie perdante, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jovy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 4 850 (quatre mille huit cent cinquante) euros au titre des dommages et intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Jovy une somme de 1 100 (mille cent) euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jovy, au ministre en charge du logement et à la préfète du Val-de-Marne.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2306440

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