Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306869

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, Mme B A, représentée par l'Union départementale des associations familiales de Seine-et-Marne, demande au tribunal d'annuler la décision du 2 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Elle soutient que :

- au moment de l'introduction de son recours amiable, elle n'avait pas encore reçu son avis d'imposition et qu'elle a ainsi fourni sa déclaration d'impôts ; elle fournit son avis d'imposition sur les revenus de 2022 ;

- elle est handicapée et est hébergée avec ses parents chez un tiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le recours amiable de Mme A était incomplet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique, le rapport de M. Delmas et les observations de M. A qui fait valoir que sa fille, qui est la requérante, bénéficie d'un jugement conférant une tutelle à son égard au profit de l'Union départementale des affaires familiales.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été différée au lundi 17 juin 2024 à 14h00 afin de permettre aux parties de verser des pièces complémentaires en application des dispositions de l'article

R. 778-5 du code de justice administrative.

Deux bordereaux de pièces produits par Mme A ont été enregistrés les 12 juin et 14 juin 2024. Ces pièces ont été communiquées au préfet de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 21 juillet 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement du

12 décembre 2022, le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Lagny sur Marne a maintenu la mesure de tutelle dont bénéficie Mme B A pour une période de dix ans. Par une décision du 9 janvier 2023, cette commission de médiation a rejeté son recours amiable. Mme A a présenté un recours gracieux à l'encontre cette décision. Par une décision du 2 mai 2023, la commission de médiation a rejeté ce recours gracieux. Par le présent recours, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 2 mai 2023 :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du 2 mai 2023, que pour rejeter le recours gracieux de Mme A, la commission de médiation a relevé, qu'en dépit d'une lettre du 25 juillet 2022 l'invitant à compléter son dossier, l'ensemble des éléments fournis à l'appui de son recours par la requérante ne permettaient pas de caractériser les situations d'absence de logement et d'urgence invoquée. La commission de médiation a notamment retenu que la requérante n'a pas produit l'avis d'imposition ou non-imposition des personnes majeures figurant sur le formulaire du recours.

6. Si Mme A soutient qu'elle ne disposait pas d'un avis d'imposition 2023 relatif au foyer fiscal qu'elle constitue, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elle aurait, par elle-même ou suite à l'intervention de son tuteur, transmis au service instructeur le dernier avis d'imposition ou de non-imposition exigé par la lettre du 25 juillet 2022, soit l'avis d'imposition ou de non-imposition 2022. En outre, Mme A n'établit pas devant le juge qu'elle se trouvait, ainsi que l'ensemble des membres de son foyer fiscal, à la date de la décision de la commission de médiation, dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours gracieux.

En ce qui concerne la décision du 9 janvier 2023 :

8. Aux termes de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300 1 titulaires: / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés ". Aux termes de l'article R. 441-1 du même code : " Les organismes d'habitations à loyer modéré attribuent les logements visés à l'article L. 441-1 aux bénéficiaires suivants : 1° Les personnes physiques séjournant régulièrement sur le territoire français dans des conditions de permanence définies par un arrêté conjoint du ministre chargé de l'immigration, du ministre chargé des affaires sociales et du ministre chargé du logement, () ".

9. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2022 : " Les titres de séjour visés à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation sont les suivants ou documents suivants en cours de validité : 1. Carte de résident ; 2. Carte de résident permanent ; 3. Carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ; 4. Carte de séjour pluriannuelle ; 5. Carte de séjour portant la mention " passeport talent " ; 6. Carte de séjour temporaire ; 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien ; 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7 ; 9. Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou " bénéficiaire du statut d'apatride " ; 10. Récépissé de demande de carte de résident délivrée aux conjoints de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire arrivés dans le cadre de la procédure de réunification familiale prévue aux articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; 11. Attestation de prolongation d'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour, ou attestation de décision favorable sur une demande de renouvellement de titre de séjour selon la procédure prévue aux articles R. 431-15-1, R. 431-15-3 ou R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; 12. Titre de séjour délivré à un ressortissant andorran ou à un ressortissant de pays tiers membre de sa famille mentionnant la convention signée le 4 décembre 2000 entre la République française, le Royaume d'Espagne et la Principauté d'Andorre relative à l'entrée, à la circulation, au séjour et à l'établissement de leurs ressortissants ; 13. Passeport monégasque revêtu d'une mention du consul général de France à Monaco valant autorisation de séjour ; 14. Visa de long séjour valant titre de séjour dès lors qu'il a fait l'objet de la procédure prévue à l'article R. 431-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; 15. Autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; 16. Autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " délivrée en application des articles L. 581-3 et R. 581-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. "

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du 9 janvier 2023, que pour rejeter le recours amiable de Mme A, la commission de médiation de Seine-et-Marne a considéré que les éléments fournis à l'appui de ce recours ont fait apparaître que la requérante ou l'une des personnes à loger mentionnée dans le formulaire du recours ne remplit pas les conditions de séjour et de permanence au regard du droit au logement opposable, notamment compte tenu de la liste des titres de séjour prévue par les dispositions des articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation.

11. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige l'ensemble des personnes mentionnées dans le formulaire de recours amiable présenté par

Mme A étaient en situation régulière sur le territoire français. En conséquence, à cette date, la commission de médiation de Seine-et-Marne pouvait légalement déclarer irrecevable son recours amiable.

12. Il résulte de ce qui précède, et en tout état de cause, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Union départementale des associations familiales de Seine-et-Marne, à Mme B A, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2306869