Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306874

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2023 et 28 février 2024, M. D B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités, en application des articles L 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a fourni les pièces demandées ;

- il est hébergé avec sa femme et leurs deux enfants chez un tiers dans un logement de 30 m2.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 22 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique, le rapport de M. Delmas et les observations de M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 13 octobre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 23 février 2023, cette commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre cette décision. Par une décision du 20 avril 2023, la commission de médiation a rejeté ce recours gracieux. Par le présent recours, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté. ".

3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente. Parmi les pièces facultatives que le service instructeur peut demander au demandeur, le paragraphe III de l'annexe à l'arrêté du 22 décembre 2020 prévoit au titre de l'appréciation du montant des ressources mensuelles : " Tout document justificatif des revenus perçus pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement : - s'il est disponible, dernier avis d'imposition reçu ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ou à défaut document de taxation ; - salarié : bulletins de salaire des trois derniers mois ou attestation de l'employeur ; - non-salarié : dernier bilan ou attestation du comptable de l'entreprise évaluant le salaire mensuel perçu ou tout document comptable habituellement fourni à l'administration ; - retraite ou pension d'invalidité : notification de pension ; - allocation d'aide au retour à l'emploi : avis de paiement ; - indemnités journalières : bulletin de la sécurité sociale ; - pensions alimentaires reçues : extrait de jugement ou autre document démontrant la perception de la pension ; - prestations sociales et familiales (allocation d'adulte handicapé, revenu de solidarité active, allocations familiales, prestation d'accueil du jeune enfant, prime d'activité, allocation journalière de présence parentale, allocation d'éducation d'enfant handicapé, complément familial, allocation de soutien familial) : attestation de la Caisse d'allocations familiales (CAF)/Mutualité sociale agricole (MSA), allocation de solidarité aux personnes âgées ; - étudiant boursier : avis d'attribution de bourse. ".

4. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée du

23 février 2023, que, pour rejeter le recours amiable de M. B comme étant irrecevable, la commission de médiation du Val-de-Marne a relevé que l'intéressé n'avait pas fourni toutes les pièces obligatoires à l'examen de son dossier (notamment les justificatifs des ressources des trois derniers mois) et ce, malgré l'envoi le 17 octobre 2022 d'un courrier récapitulant les documents manquants à renvoyer au service instructeur dans un délai d'un mois. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Pour rejeter ce recours gracieux, la commission de médiation a, par une décision du 20 avril 2023, a estimé que l'examen du formulaire du recours amiable devant la commission, des pièces justificatives et des éléments apportés dans le cadre du recours gracieux n'a pas apporté d'éléments supplémentaires permettant à cette commission de prendre une décision favorable. Cette commission a notamment relevé que

M. B n'avait apporté aucun élément probant concernant les enfants (acte de naissance, livret de famille, certificats de scolarité) et qu'il n'avait pas justifié de leur situation locative.

6. Toutefois, il ressort des énonciations de la lettre du 17 octobre 2022 que le service instructeur de la commission de médiation du Val-de-Marne a invité à M. B à fournir une copie de son attestation d'enregistrement de demande de logement social ou de son renouvellement, une déclaration sur l'honneur attestant de ce qu'il n'a pas quitté le territoire français pendant une durée de plus de trois années consécutives, une copie de son livret de famille s'il en dispose, une copie des pièces-justificatives de ses ressources mensuelles au cours des trois derniers mois, et une copie de son contrat de travail. Or, il ressort du dossier constitué par la commission de médiation pour l'instruction de la demande de logement social de

M. B que ce dernier a communiqué au service compétent une attestation de renouvellement de l'enregistrement de sa demande de logement social en date du

22 octobre 2022, un déclaration précisant qu'il n'a pas quitté le territoire français pendant trois années consécutives en date du 23 octobre 2022, des bulletins de salaire couvrant la période allant de septembre 2022 à février 2023, un contrat de travail à mi-temps auprès de la société Adanev mobilité ainsi qu'un extrait du registre du commerce et des sociétés en date du 19 septembre 2022, des pièces faisant état de sa rémunération en qualité d'autoentrepreneur dans le secteur de la livraison à domicile et un certificat de la caisse des allocations familiales établissant de la perception de prestations en espèce de la sécurité sociale en 2022 et 2023. S'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait produit une copie de son livret de famille, il est constant que M. B, titulaire d'une carte de résident, a produit un certificat de mariage établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, un récépissé de demande de titre de séjour concernant son épouse et des attestations d'hébergement s'agissant de ses deux enfants C et A. Dans ces conditions, la commission de médiation doit être regardée comme ayant adopté une décision affectée d'une erreur de fait en rejetant le recours amiable de l'intéressé pour irrecevabilité en raison de son incomplétude. En outre, si la décision portant rejet du recours gracieux oppose à l'intéressé s'agissant de ses enfants un défaut d'acte de naissance, de certificat de scolarité ou de justificatif de logement, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été invité à produire de telles pièces. En conséquence, la commission de médiation ne pouvait légalement lui reprocher leur absence au dossier. Par suite, la décision rejetant le recours gracieux pour incomplétude du dossier est également entachée d'une erreur de fait.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées des 23 février 2023 portant rejet du recours amiable et 20 avril 2023 portant rejet du recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

9. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de M. B implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er: Les décisions des 23 février et 20 avril 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de M. B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2306874