Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307022

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2023, M. B A, représenté par Me Fonteneau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'acte est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- les décisions sont motivées par la menace à l'ordre public uniquement fondée sur la condamnation dont il a fait l'objet ;

- il n'a pas pu formuler ses observations orales ou écrites comme la loi le prévoit et conformément à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

- la décision ne prend pas en compte sa situation familiale et personnelle et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'a pas été informé des principaux éléments de la décision et/ou du délai de recours de 48 heures ;

- il ne parle pas le français et n'a pas eu d'interprète ;

- il revient à l'administration de produire la décision contestée.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu :

- l'arrêté du 14 juin 2023 de la préfète du Val-de-Marne ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 8 mars 2024 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Fonteneau, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Capuano représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête et soutient à titre principal que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté et à titre secondaire qu'aucun des moyens n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 22 avril 2000 à Alger (Algérie), a été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée de cinq mois pour des faits de vol commis dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs. Par arrêté du 14 juin 2023, la préfète du Val-de-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Selon l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, les requêtes tendant à l'annulation de telles décisions doivent être présentées au greffe du tribunal administratif, pour y être enregistrées, dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions et que ce délai spécial de 48 heures, qui n'est pas un délai franc et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du code de procédure civile, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation.

3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que les décisions obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans contenues dans l'arrêté susvisé de la préfète du Val-de-Marne du 14 juin 2023 ont été notifiées simultanément à l'intéressé par voie administrative le 16 juin 2023 à 11 heures et comportaient la mention des voies et délais de recours ouverts à leur encontre dont il est réputé avoir compris le sens en apposant sa signature sans réserve au bas de l'exemplaire de notification. La requête susvisée de M. A, n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 26 juin 2023 à 15 heures 44, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti à cette fin. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de sa requête étaient tardives et, par suite, irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,