Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307032

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juillet 2023 et le 12 août 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Elle soutient que la décision portant rejet de son recours amiable en date du 2 mai 2023 est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante se borne à former un recours gracieux contre la décision de rejet de la commission de médiation, et ne formule aucune conclusion à fin d'annulation de cette décision devant le juge ;

- la requérante, qui réside déjà dans le parc social, ne justifie pas avoir effectué des demandes de mutation auprès de son bailleur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 8 décembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 2 mai 2023, dont Mme A demande l'annulation.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 du présent jugement que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Il résulte des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation une liste limitative de six critères pour pouvoir prétendre au droit au logement opposable : ne pas avoir reçu de proposition adaptée à sa demande dans un délai de trois ans en Ile de France, être dépourvues de logement, être logé dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux, avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement, être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou être logé temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret.

5. Il ressort des pièces du dossier, en notamment de la décision attaquée en date du 2 mai 2023, que, pour rejeter la demande de logement présentée par Mme A, la commission de médiation de Seine-et-Marne a relevé que la requérante n'a " coché aucun motif DALO sur son recours ", que le rapprochement familial pour raisons de santé n'est pas un cas d'ouverture du droit au logement opposable, et que l'intéressée peut prétendre à une mutation auprès de son bailleur social à Clermont-Ferrand. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de logement social a été déposé initialement le 15 juillet 2020, si bien qu'elle n'a pas atteint l'ancienneté de trois ans à la date de la décision en litige. En outre, le préfet de Seine-et-Marne oppose sans être contredit que la requérant dispose d'un logement de type T3 d'une surface habitable de 56 mètres carrés dans le parc social dans sa commune d'établissement. En conséquence, Mme A ne saurait être regardée comme étant dépourvue de logement, ou comme étant hébergée dans un centre d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale depuis six mois, ou encore comme étant logée depuis plus de dix-huit mois dans un logement de transition ou un logement foyer. De même, elle ne saurait se prévaloir utilement d'une situation de suroccupation au sens de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. Enfin, la requérante ne fait pas état d'une exposition à un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002, ni même à un défaut d'éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit que la commission de médiation a rejeté le recours amiable de Mme A. Par ailleurs, si la requérante fait état d'un besoin moral de réinstallation en région parisienne, et plus particulièrement dans le département de la Seine-et-Marne, où elle a des attaches personnelles et où elle a accompli une partie de son parcours professionnelle, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer qu'en rejetant son recours amiable, la commission de médiation de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 mai 2023 par laquelle la commission de médiation de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de logement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2307032