Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307416

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Elle soutient que, par un jugement du 27 février 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé la décision par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a, en date du 30 septembre 2021, rejeté son recours amiable et enjoint à ladite commission de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 22 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique, le rapport de M. Delmas et les observations de Mme B qui indique qu'elle a produit tous les éléments demandés par la commission de médiation dans le cadre du réexamen de sa situation. Mme B fait part de sa lassitude quant à l'inexécution du jugement du 27 février 2023 et demande que le Tribunal enjoigne à la commission de médiation de reconnaître son droit au logement opposable.

La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été différée au lundi 17 juin 2024 à 14h00 afin de permettre aux parties de verser des pièces complémentaires en application des dispositions de l'article

R. 778-5 du code de justice administrative.

Mme B a produit un bordereau de pièces enregistré le 12 juin 2024 à 21h51, dont les pièces ont été communiquées à la préfète du Val-de-Marne, et un second bordereau le

17 juin 2024 à 9h28, dont les pièces n'ont pas été communiquées.

La préfète du Val-de-Marne a produit un bordereau de pièces enregistré le 17 juin 2024 à 11h40, dont les pièces n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 16 juin 2021 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une première décision du 30 septembre 2021. Par un jugement n° 2201623 du 27 février 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé cette décision et a enjoint à la commission de médiation de réexaminer la demande de logement de Mme B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois. Par une décision du 27 avril 2023, la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté le recours formé par l'intéressée. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cette seconde décision du 27 avril 2023.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Par un jugement n° 2201623 du 27 février 2023, définitif faute d'avoir été frappé d'appel, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a annulé la décision du 30 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne avait rejeté le recours amiable et a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de saisir la commission de médiation pour qu'elle statue dans un délai de deux mois sur la demande de l'intéressée. Ce jugement a enjoint à la commission de médiation de procéder à un examen global de la situation de Mme B en tenant compte des motifs du jugement, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Pour l'exécution de ce jugement, la commission de médiation du Val-de-Marne a réexaminé la situation de Mme B. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 27 avril 2023, que, pour rejeter le recours amiable de l'intéressée, la commission de médiation a relevé que cette dernière n'avait pas fourni de justificatifs concernant ses ressources actuelles sur les trois derniers mois précédant sa décision.

6. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté qu'elle est hébergée par un tiers. Il ressort en particulier de l'ordonnance du 26 septembre 2019 de la magistrate placée près le Tribunal de grande instance de Pontoise, versée aux débats par Mme B épouse A, que cette dernière résidait depuis août 2019 dans un logement sous-loué par son frère. En outre, il ressort de la fiche d'inscription des publics prioritaire bénéficiant du plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées établi par la requérante ainsi que des échanges de messages électronique du mois d'avril 2023 avec la société Docapost que la requérante est désormais hébergée par son cousin. Il s'ensuit que la requérante doit être regardée comme bénéficiant d'un logement fourni par un membre collatéral de sa famille, qui contrairement aux ascendants et aux descendants, n'est pas en devoir de l'héberger en conséquence de l'obligation alimentaire définie par les articles 205 et 207 du code civil. Dans ces conditions, Mme B épouse A, qui doit être regardée comme étant dépourvue de logement, se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence. Par suite, la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté sa demande de logement.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

9. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de Mme B implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que la commission de médiation du Val-de-Marne désigne Mme B comme étant prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation d'y procéder dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 avril 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de désigner Mme B comme étant prioritaire et devant être logée en urgence dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2307416