Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307665
vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2307665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO 14 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2023, Mme B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités.
Elle soulève les moyens suivants :
- elle a envoyé toutes les pièces complémentaires justificatives à la commission de médiation le 28 février 2023 ;
- elle est logée chez une tierce personne avec son mari et son fils, soit quatre personnes dans un appartement d'une surface habitable de 29 m² ; la taille de ce logement caractérise un besoin urgent pour elle et sa famille de trouver un autre logement ; cette situation affecte considérablement ses conditions de vie et elle aspire à pouvoir vivre dans un logement autonome et décent.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a enregistré un bordereau de pièces le 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 20 février 2023 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le silence conservé par la commission de médiation a fait naître une décision implicite de rejet de ce recours amiable, dont Mme A demande l'annulation.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté. ".
3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente.
4. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la lettre du 21 février 2023, que la commission de médiation de Seine-et-Marne a invité Mme A à produire avant le 21 mars 2023 la copie des pièces-justificatives de ses ressources mensuelles ainsi que celles de son conjoint au cours des trois derniers mois et lui a précisé qu'en l'absence de réponse de cette commission de médiation au terme d'un délai de trois mois à compter du 21 mars 2023 une décision implicite de rejet de son recours amiable lui serait opposée. En conséquence, Mme A doit être regardée comme s'étant vue opposer une décision implicite de rejet de son recours amiable en date du 21 juin 2023 aux motifs qu'elle n'a pas justifié des ressources de son foyer au cours des trois derniers mois précédant la lettre du 21 février 2023.
6. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a adressé à la commission de médiation un pli recommandé n° 1A 202 137 9709 2, réceptionné le 28 février 2023 par le service instructeur. D'autre part, la requérante soutient sans être contredite en défense que ce pli contenait une copie de l'ensemble des pièces justifiant les sources de revenus de son foyer pour la période en litige. En effet, il ressort des pièces du dossier constitué par l'administration pour l'appréciation du droit au logement opposable de Mme A que ce dernier contenait les attestations de paiement de la caisse des allocations familiales retraçant les prestations en espèce perçues par la requérante du mois de novembre 2022 au mois de janvier 2023, son contrat de travail au sein de l'Union départementale des associations familiales ayant pris effet le 3 janvier 2023, son bulletin de salaire pour le mois de janvier 2023 ainsi que l'attestation établie par le directeur de Pôle Emploi indiquant le montant perçu par son conjoint au titre des allocations de retour à l'emploi du mois de novembre 2022 au mois de janvier 2023. Dans ces conditions, la commission de médiation de Seine-et-Marne ne pouvait rejeter le recours amiable de Mme A au motif qu'elle n'aurait pas justifié des ressources de son foyer au cours des trois derniers mois indiqués par la lettre du 21 février 2023. Il s'ensuit qu'en relevant que Mme A n'avait pas répondu à la demande de pièces qui lui avait été adressée, la commission de médiation de Seine-et-Marne a entaché sa décision d'une erreur de fait.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du 21 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé.".
9. L'annulation de la décision de la commission de médiation de Seine-et-Marne refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de Mme A implique nécessairement que cette commission de médiation se prononce à nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressée et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 21 juin 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de Mme A et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2307665