Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307707
vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2307707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO 14 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2023, Mme B A, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.
Elle soutient que :
- elle a envoyé tous les documents à la commission de médiation ; elle n'a pas eu de retour de la commission de médiation ;
- elle vit avec sa fille de 3 ans dans une chambre de 17 m² et dort avec elle ; sa fille n'a pas assez d'espace pour jouer et elle-même n'a pas d'intimité.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 24 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B le 1er juillet 2024. Elle n'a pas été communiquée au défendeur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 13 avril 2023 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision implicite de rejet, dont Mme B demande l'annulation.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté. ".
3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente.
4. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la lettre du 18 avril 2023, que la commission de médiation du Val-de-Marne a invité Mme A à produire avant le 18 mai 2023 la copie recto verso d'une pièce justifiant de son identité (carte nationale d'identité, passeport, livret de circulation, carte de séjour, carte de résident, etc.), une copie des pièces justificatives de ses ressources mensuelles (bulletins de paie des mois de janvier et février 2023), des justificatifs fournis par la caisse des allocations familiales avec le détail des prestations perces au cours des trois derniers mois, de tout document montrant que son logement est non décent (copie d'un document établi par un professionnel du bâtiment, un service public, un travailleur social ou une association ayant pour objet l'insertion ou le logement, copie d'un jugement statuant sur la non décence du logement, attestation de la commission de conciliation ou de la caisse des allocations familiales) et de tout élément ayant trait au caractère inadapté du logement aux besoins et capacités de son foyer (contrat de location, quittance, justificatif de la superficie du logement). Cette même lettre précisait que l'instruction du dossier de Mme A était suspendue, mais qu'en l'absence de réponse de la commission de médiation au terme d'un délai de trois mois à compter du 18 mai 2023, une décision implicite de rejet de son recours amiable lui serait opposée. En conséquence, Mme A doit être regardée comme s'étant vue opposer une décision implicite de rejet de son recours amiable en date du 18 août 2023 au motif que son dossier était incomplet, qu'elle ne démontrait pas que son logement était inadapté aux besoins de son foyer ou qu'il était non décent.
6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier constitué par l'administration pour l'instruction de sa demande de logement social que Mme A avait produit son titre de séjour, ses bulletins de salaires pour les mois de janvier et de février 2023, des attestations du directeur de la caisse des allocations familiales du Val-de-Marne retraçant les prestations perçues en janvier, février et mars 2023, et son contrat de location. Cependant, si dans le formulaire de recours amiable, Mme A indique qu'elle a sollicité une expertise Soliha afin de faire constater le caractère non décent de son logement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait produit des éléments justifiant la non décence du logement occupé ou même de la non adaptation du logement aux besoins de son foyer. En outre, si Mme A soutient qu'une population de onze personnes réside dans son logement de type F4 et d'une superficie de 90 mètres carrés, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle vit avec sa fille dans une chambre de 17 mètres carrés, elle n'établit pas la suroccupation du logement occupé. Enfin, si Mme A fait valoir que son logement est encombré au point d'y rendre la circulation interne difficile, que les radiateurs ne sont pas fixés au mur, que le système de ventilation est défaillant, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas devant le juge qu'elle se trouvait, à la date de la décision de la commission de médiation, dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence. Par suite, ses conclusions en annulation doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2307707