Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307721

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux dirigé à l'encontre de la décision initiale du 12 janvier 2023 par laquelle cette commission de médiation a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités ;

Il soutient que :

- il est locataire d'un logement de 49 m2 situé au 4ème étage sans ascenseur, toutefois il est reconnu en situation de handicap avec des problèmes cardiaques qui l'empêchent de monter les étages ; il a trois enfants en garde partagée ; il a formulé plusieurs demandes de mutation auprès de son bailleur sans succès ;

- il a déposé une demande de logement social depuis le 7 janvier 2019, soit depuis plus de quatre ans ; il remplit deux critères du droit au logement opposable, celui du délai anormalement long et celui du caractère inadapté du logement à son handicap ;

- la commission de médiation ne peut rejeter son dossier sur des motifs non liés au droit au logement opposable, ainsi le motif de rejet fondé sur ses ressources est illégal ;

- il est propriétaire d'un fast-food ambulant depuis 2005, il paye l'URSSAF et ses impôts et a fourni des justificatifs à plusieurs reprises.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 9 août 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision d'irrecevabilité du 12 janvier 2023. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 27 avril 2023, la commission de médiation a rejeté son recours gracieux. Par la requête susvisée, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions des 12 janvier 2023 et 27 avril 2023.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté. ".

3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente.

4. Parmi les pièces facultatives que le service instructeur peut demander au demandeur, le paragraphe III de l'annexe à l'arrêté du 22 décembre 2020 prévoit au titre de l'appréciation du montant des ressources mensuelles : " Tout document justificatif des revenus perçus pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement : - s'il est disponible, dernier avis d'imposition reçu ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ou à défaut document de taxation ; - salarié : bulletins de salaire des trois derniers mois ou attestation de l'employeur ; - non-salarié : dernier bilan ou attestation du comptable de l'entreprise évaluant le salaire mensuel perçu ou tout document comptable habituellement fourni à l'administration ; - retraite ou pension d'invalidité : notification de pension ; - allocation d'aide au retour à l'emploi : avis de paiement ; - indemnités journalières : bulletin de la sécurité sociale ; - pensions alimentaires reçues : extrait de jugement ou autre document démontrant la perception de la pension ; - prestations sociales et familiales (allocation d'adulte handicapé, revenu de solidarité active, allocations familiales, prestation d'accueil du jeune enfant, prime d'activité, allocation journalière de présence parentale, allocation d'éducation d'enfant handicapé, complément familial, allocation de soutien familial) : attestation de la Caisse d'allocations familiales (CAF)/Mutualité sociale agricole (MSA), allocation de solidarité aux personnes âgées ; - étudiant boursier : avis d'attribution de bourse. ".

5. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 12 janvier 2023 portant rejet du recours amiable :

6. Il ressort de la lettre du 10 août 2022, que le service instructeur a informé M. B du caractère incomplet de son dossier dès lors que des rubriques du formulaire de recours amiable portant sur des renseignements obligatoires n'étaient pas remplies ou remplies que partiellement. Cette lettre invitait M. B à renvoyer au service instructeur les pages 4, 5 et 6 du formulaire CERFA n° 15036*01 de demande de logement en cochant les cases relatives aux motifs du recours correspondant ou se rapprochant à sa situation et en joignant les justificatifs nécessaires avant le 10 septembre 2022. En outre, cette lettre du 10 août 2022 invitait M. B à produire, dans les mêmes conditions de délai, un justificatif de sa situation familiale ainsi qu'une copie de son attestation d'enregistrement de sa demande de logement social ou de son renouvellement. Enfin, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 12 janvier 2023, que, pour rejeter la demande de logement présentée par M. B, la commission de médiation du Val-de-Marne a relevé que l'intéressé n'a pas fourni toutes les pièces obligatoires à l'examen de son dossier (notamment les justificatifs des ressources déclarées les trois derniers mois) et ce, malgré l'envoi d'un courrier en date du 10 août 2022 récapitulant les documents manquants à renvoyer sous un délai d'un mois, et qu'ainsi, la commission de médiation n'a pu se prononcer favorablement à sa demande.

7. Toutefois, d'une part, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait complété le paragraphe 9 du formulaire de recours amiable en cochant les cases correspondant au fondement de sa demande, comme le service instructeur de la commission de médiation l'y invitait, il ressort suffisamment des pièces du dossier que l'intéressé prétendait à un relogement en raison de l'inadaptation de son logement actuel aux besoins de son foyer, notamment compte tenu de son handicap. En conséquence, l'imprécision de la demande de logement social de l'intéressé ne saurait dispenser l'administration a examiné ladite demande. D'autre part, si la commission de médiation reproche à M. B de ne pas lui avoir communiqué les justificatifs des ressources déclarées les trois derniers mois, ces justificatifs n'étaient pas au nombre des pièces obligatoires dont la communication lui avait été demandée par le service instructeur dans sa lettre du 10 août 2022. Dans ses conditions, la commission de médiation du Val-de-Marne ne pouvait légalement rejeter le recours amiable de M. B au motif qu'il n'avait pas fourni toutes les pièces obligatoires à l'examen de son dossier, et notamment les justificatifs des ressources déclarées les trois derniers mois.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable.

En ce qui concerne la décision du 27 avril 2023 portant rejet du recours gracieux :

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du 27 avril 2023, que pour rejeter le recours gracieux de M. B la commission de médiation du Val-de-Marne a estimé qu'il ressort de l'examen du formulaire du recours amiable devant la commission, des pièces justificatives et des éléments apportés dans le cadre du recours gracieux, que M. B n'a pas fourni son dernier bilan trimestriel du chiffre d'affaires et il n'a pas apporté d'éléments supplémentaires permettant à cette commission de prendre une décision favorable.

10. Toutefois, il ressort du dossier constitué pour le traitement de la demande de logement social du requérant, produit par la préfète du Val-de-Marne, que le recours gracieux de M. B, enregistré par la commission de médiation le 30 mars 2023, par lequel il indique communiquer à la commission de médiation " tous les justificatifs de ses revenus " était notamment accompagné d'un relevé de situation délivré par les unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) le 31 août 2022, ainsi que d'une attestation de la CAF certifiant du montant des prestations qu'il a perçu pour les mois de septembre 2022 à février 2023. Ces éléments ne sont pas contredits par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a au demeurant pas produit de mémoire en défense. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, que le service instructeur de la commission de médiation du Val-de-Marne aurait précisément invité M. B à produire le dernier bilan trimestriel de chiffre d'affaires correspondant à son activité de restauration non sédentaire. Par suite, en estimant que le dossier constitué par M. B au titre de son recours gracieux était incomplet, faute de contenir les pièces obligatoires à son instruction et notamment son dernier bilan trimestriel de chiffre d'affaires, la commission de médiation du Val-de-Marne a entachée sa décision d'une erreur de fait.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'injonctions :

12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

13. L'annulation des décisions de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de M. B implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 12 janvier 2023 et du 27 avril 2023 de la commission de médiation du Val-de-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de M. B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. Delmas

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,