Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307915

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2316778 du 27 juillet 2023, la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application des articles R. 351-3 et R. 312-1 du code de justice administrative, la requête de Mme A B, enregistrée le 15 juillet 2023.

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 28 juillet 2023 au tribunal administratif de Melun, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision intervenue le 4 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Elle soutient que :

- le rejet de son recours amiable résulte de plusieurs incompréhensions avec la commission de médiation ; elle n'a pas fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion de son logement mais a été expulsée par son père du domicile parental ;

- elle a déposé une demande initiale de logement pour elle, son époux et leur enfant puis, compte tenu de l'expulsion de sa sœur du domicile parental, elle a souhaité ajouter cette dernière à sa demande de logement ; elle est dans la même situation que sa sœur, hébergée un peu partout.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées. Le magistrat désigné a appelé l'attention sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative sur ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à ce qu'il soit enjoint à la commission de médiation de réexaminer la situation de la requérante sous l'angle du droit au logement opposable.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 17 août 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 19 janvier 2023. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 4 mai 2023, la commission de médiation a rejeté son recours gracieux. Par la requête susvisée, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions des 19 janvier 2023 et 4 mai 2023.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3 : " (). III.- La commission de médiation peut [] être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. /(). ".

4. Il résulte des dispositions du paragraphe III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, précisées par les dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir accueilli d'urgence dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire, sauf pour l'accueil dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale, aux conditions de permanence et de régularité du séjour, avoir sollicité en vain son accueil dans une structure et se trouver dans une situation particulièrement précaire, caractérisée notamment lorsque celui-ci n'est pas hébergé ou réside dans un logement dont les caractéristiques justifient la saisine de la commission de médiation sans condition de délai. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée du 19 janvier 2023, que pour rejeter le recours amiable présenté par Mme B, la commission de médiation du Val-de-Marne a estimé que sa situation ne répondait pas aux critères de priorité et d'urgence. La commission de médiation a retenu que la requérante était actuellement hébergée chez un tiers apparenté en ligne directe, qu'elle n'avait pas apporté d'éléments probants concernant le caractère inadapté de ses conditions actuelles d'hébergement, que la menace d'expulsion n'était pas avérée en l'absence de production d'une décision de justice, et qu'elle n'avait pas apporté d'éléments probants concernant son parcours locatif antérieur. La commission de médiation avait produit un passeport étranger concernant son époux et qu'elle n'avait pas fourni aucun justificatif concernant la situation locative de ce dernier. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 4 mai 2023, que la commission de médiation

du Val-de-Marne a considéré qu'il ressort de l'examen du recours amiable devant la commission, des pièces justificatives et des éléments apportés dans le cadre de son recours gracieux que Mme B n'a pas apporté d'éléments supplémentaires permettant à la commission de médiation du Val-de-Marne de prendre une décision favorable. Cette commission a également estimé que l'examen de son dossier fait apparaître des incohérences quant à sa situation familiale dès lors qu'elle déclare vouloir être relogée avec son époux et son enfant dans le cadre de son recours amiable, alors qu'elle fait mention d'une sœur majeure dans sa demande de logement social.

6. Toutefois, si Mme B soutient sans être contredite avoir été expulsée par son père du domicile parental le 15 octobre 2022 avec son conjoint, une expulsion au sens de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation s'entend d'une expulsion résultant d'une décision judiciaire et non un départ forcé du foyer familial sous la contrainte d'un parent. Cependant, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation d'hébergement du 3 février 2023 établie par le groupement francilien de régulation hôtelière, que Mme B était hébergée avec son époux et son nouveau-né au sein de l'établissement hôtelier Clef Monceau situé 16, rue des écoles à Aubervilliers de façon continue

du 29 décembre 2022 au 2 février 2023. En outre, Mme B soutient sans être contredite qu'elle vit une errance résidentielle, compte tenu de ce qu'elle a quitté cet établissement hôtelier en raison du caractère inadapté de l'hébergement pour son nouveau-né, et notamment compte tenu du froid, des moisissures, et de l'humidité. Dans ces conditions, Mme B doit être regardée comme se trouvant dans une situation particulièrement précaire lui permettant de saisir la commission de médiation sans condition de délai au titre du droit à l'hébergement opposable prévu par les dispositions du paragraphe III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, en rejetant le recours de Mme B au motif que la situation de l'intéressée ne répondait pas aux critères de priorité et d'urgence requis au titre du droit au logement opposable prévu par les dispositions du paragraphe II de l'article L. 441-2-3 de ce code, la commission de médiation du Val-de-Marne a entaché ses deux décisions d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable et de la décision du 4 mai 2023 par laquelle cette commission a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai

déterminé. ".

9. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des deux décisions de la commission de médiation qui refusent de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande d'hébergement de Mme B, implique nécessairement que cette commission de médiation de prononce à nouveau sur la situation de la requérante, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer la demande d'hébergement de l'intéressée et de prendre une nouvelle décision dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 janvier 2023 et la décision du 4 mai 2023 de la commission de médiation du Val-de-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de Mme B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète

du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,