Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308005

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2023, M. B D A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision conforme à ses droits et à sa situation.

Il soutient qu'il est célibataire, dépourvu de logement, hébergé dans une chambre avec sept personnes, soit un logement en situation de suroccupation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit le 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 15 mai 2023 tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente. Par une lettre

du 16 mai 2023, le service instructeur de la commission de médiation a informé le requérant que la commission de prononcera sur sa situation dans un délai de six semaines à compter du 26 juin 2023. Le silence conservé par la commission de médiation du Val-de-Marne a fait naître une décision implicite de rejet du recours amiable de M. A le 7 août 2023. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3 : " (). III.- La commission de médiation peut [] être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande (). D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de

l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. /(). ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale et que le demandeur doit pouvoir demeurer au sein d'un hébergement d'urgence jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier établi à l'appui de son recours amiable, que M. A, ressortissant bangladais, a été mis en possession d'une carte de résident le 21 décembre 2022. En outre, le requérant justifie d'une attestation d'élection de domicile auprès de l'association Emmaüs solidarité valide du 12 avril 2023 au 11 avril 2024. Enfin, M. A soutient, sans être contredit par la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'à la date de décision litigieuse, il était connu du service intégré de l'accueil et de l'orientation et qu'en l'absence d'hébergement en centre provisoire d'hébergement et dans les foyers ADOMA, il dormait chez des tiers et recherchait activement un hébergement moins précaire sans succès. Ainsi, M. A doit être regardé comme se trouvant dans une situation particulièrement précaire lui permettant de saisir la commission de médiation sans condition de délai au titre du droit à l'hébergement opposable prévu par les dispositions du paragraphe III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, en rejetant le recours de M. A, la commission de médiation

du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite en date du 7 août 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable.

Sur l'injonction d'office :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

7. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande d'hébergement de M. A implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande d'hébergement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite en date du 7 août 2023, par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté le recours amiable de M. A, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande d'hébergement de M. A et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,