Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308019

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Il soutient que son dossier a été rejeté pour cause de justificatifs manquant alors qu'il n'a pas pu fournir les justificatifs de ressources déclarés des trois derniers mois en raison d'un arrêt maladie chroniques et que les autres justificatifs demandés ont été envoyés

le 10 février 2023 par courrier avec avis de réception.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit un bordereau de pièces enregistré le 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;

- l'arrêté du 6 octobre 2021 portant extension de la convention collective nationale du 15 mars 2021 de la branche du secteur des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées. Le magistrat désigné a rappelé que sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à ce qu'il soit enjoint à la commission de médiation de réexaminer la situation du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 19 décembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision 22 juin 2023. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de la décision du 22 juin 2023.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté. ".

3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente.

4. Parmi les pièces facultatives que le service instructeur peut demander au demandeur, le paragraphe III de l'annexe à l'arrêté du 22 décembre 2020 prévoit au titre de l'appréciation du montant des ressources mensuelles : " Tout document justificatif des revenus perçus pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement : - s'il est disponible, dernier avis d'imposition reçu ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ou à défaut document de taxation ; - salarié : bulletins de salaire des trois derniers mois ou attestation de l'employeur ; - non-salarié : dernier bilan ou attestation du comptable de l'entreprise évaluant le salaire mensuel perçu ou tout document comptable habituellement fourni à l'administration ; - retraite ou pension d'invalidité : notification de pension ; - allocation d'aide au retour à l'emploi : avis de paiement ; - indemnités journalières : bulletin de la sécurité sociale ; - pensions alimentaires reçues : extrait de jugement ou autre document démontrant la perception de la pension ; - prestations sociales et familiales (allocation d'adulte handicapé, revenu de solidarité active, allocations familiales, prestation d'accueil du jeune enfant, prime d'activité, allocation journalière de présence parentale, allocation d'éducation d'enfant handicapé, complément familial, allocation de soutien familial) : attestation de la Caisse d'allocations familiales (CAF)/Mutualité sociale agricole (MSA), allocation de solidarité aux personnes âgées ; - étudiant boursier : avis d'attribution de bourse. ".

5. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 21 décembre 2022, le service instructeur de la commission de médiation du Val-de-Marne a informé M. B que son dossier était incomplet et l'a invité à lui communiquer les pièces obligatoires suivantes : copie de son attestation d'enregistrement de sa demande de logement social ou de son renouvellement, copie des pièces justificatives de ses ressources mensuelles et de celles des personnes de son foyer (contrat de travail de son épouse), document attestant de sa situation d'hébergement (attestation d'hébergement, copie de la pièce d'identité et du justificatif de domicile de l'hébergeant), tout justificatif du caractère inadapté de l'hébergement (contrat de location de l'hébergeant, justificatif du nombre d'occupants dans le logement, pièce d'identité et attestation d'hébergement concernant les occupants, tout autre justificatif permettant à la commission de se prononcer sur le caractère inadapté du logement concerné), et justificatif de la surface habitable totale de son logement (bail, attestation d'un professionnel, attestation d'un travailleur social ou d'une association ayant pour objet l'insertion ou le logement). En outre, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la décision du 22 juin 2023, que, pour rejeter le recours amiable par M. B, la commission de médiation du Val-de-Marne a relevé que l'intéressé n'a pas fourni toutes les pièces obligatoires à l'examen de son dossier (notamment les justificatifs des ressources déclarées des trois derniers mois) et ce, malgré l'envoi d'un courrier récapitulant les documents manquants à renvoyer sous un délai d'un mois, et qu'ainsi, la commission de médiation n'a pu se prononcer favorablement à sa demande.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier constitué par la commission de médiation pour l'instruction de sa demande de logement social que M. B a communiqué au service instructeur une attestation de renouvellement d'une demande de logement social en date du 27 décembre 2022, ainsi qu'un contrat de bail à son nom indiquant que la surface habitable de son logement mesure 67 mètres carrés. En conséquence, le requérant n'était pas tenu de produire une attestation d'un hébergeant, ainsi que des attestations relatives à l'hébergement de ses enfants. En outre, il ne ressort pas de la lettre du 21 décembre 2022 que la commission de médiation lui aurait demandé de produire des justificatifs des ressources déclarées au cours des trois derniers mois. En revanche, si cette commission l'a invité à produire des justificatifs de ressources ainsi que le contrat de travail de son épouse, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui avait indiqué dans son recours amiable qu'il était sans activité, a fourni une attestation en date du 23 décembre 2022 indiquant qu'il a perçu une somme de 3 351 euros d'indemnités journalières de la caisse nationale d'assurance maladie pour une période

du 1er septembre 2022 au 18 décembre 2022 ainsi que les contrats de contrat à temps partiel de son épouse auprès de la société 2F C+Net et Renov'Action Propreté. Dans ces conditions, il ne saurait être fait grief au requérant de ne pas avoir fourni au service instructeur de la commission de médiation des justificatifs des ressources déclarées des trois derniers mois ou tout autre pièce dont l'absence aurait rendu son dossier incomplet. Par suite, en relevant que M. B n'avait pas fourni toutes les pièces obligatoires pour l'examen de son dossier, la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur de fait.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de rejet en date du 22 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Sur les conclusions à fin d'injonction d'office :

9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai

déterminé. ".

10. L'annulation de la décision de la commission de médiation du Val-de-Marne refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement

de M. B implique nécessairement que cette commission de médiation se prononce à nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 juin 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de M. B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,