Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308292

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 juillet 2023, le président de la 11ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le

23 juillet 2023, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

M. B soutient que :

- il dispose de garanties de représentation dès lors qu'il est titulaire d'un passeport tunisien en cours de validité et qu'il est hébergé chez des cousins ;

- il justifie d'attaches familiales en France où résident régulièrement trois oncles dont un est de nationalité française ;

- il suit des cours de français depuis le mois d'octobre 2022 et travaille dans le secteur du bâtiment depuis plus d'un an.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 1994 à Douiret (Tunisie), qui n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière au moment de son interpellation et qui ne peut donc justifier être entré régulièrement sur le territoire français conformément aux dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du même code, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a assortie de décisions refusant un délai de départ de volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

3. Il ressort des pièces versées au dossier et, notamment, de la décision attaquée, que pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. B, obligé de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé qu'il existait un risque que ce ressortissant étranger se soustraie à cette obligation de quitter le territoire français dans la mesure où il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas davantage sollicité la délivrance d'un titre de séjour et où il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Si M. B soutient qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité et produit, à l'appui de son allégation, la copie de la première page de son passeport valable jusqu'au 18 juillet 2027, il n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une " résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale " au sens des dispositions précitées ci-dessus. En outre, il ne remet pas en cause le motif selon lequel il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas davantage sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la seule décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

4. D'autre part, M. B soutient qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale en France, trois oncles y résidant régulièrement dont un est de nationalité française, et qu'il suit des cours de français depuis le mois d'octobre 2022 et travaille dans le secteur du bâtiment depuis plus d'un an. Toutefois, M. B n'apporte aucun élément à l'appui de son argumentation et ne conteste pas, ainsi que le relève le préfet de la Seine-Saint-Denis dans l'arrêté en litige, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il a déclaré exercer une activité professionnelle sans être titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché l'arrêté d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°230829