Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309011
vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2309011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LANDOT & ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août 2023 et 19 février 2024, la SCCV le Domaine Clémenceau, représentée par Me Ferrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le maire de Meaux lui a refusé le permis de construire sollicité pour la reconstruction d'un bâtiment avec locaux d'activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation totale de 62 logements, la construction d'un local vélos et d'un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de 93 places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau à Meaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Meaux de lui délivrer l'arrêté de permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder à une nouvelle instruction de cette demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Meaux une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de la qualité pour agir de son représentant ;
- l'arrêté de refus de permis de construire contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit tirées de ce que l'implantation des bâtiments D et E ne méconnaît pas les dispositions de l'article UB 8 dès lors que, d'une part, ils ne sont pas " en regard " et que, d'autre part, les dispositions précitées ne déterminent pas, lorsque les hauteurs des façades de chaque bâtiment ne sont pas identiques, laquelle des deux hauteurs doit être prise en compte pour le calcul de la distance entre les bâtiments ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la commune de Meaux ne pouvait pas fonder son refus de permis de construire sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme mais exclusivement sur celles de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il méconnaît les dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et celles de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'atteinte visible aux lieux avoisinants et au paysage urbain du projet ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le bâtiment A ne portera pas atteinte aux paysages urbains ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'attique du bâtiment E qui présente un plan arrondi ne sera pas incohérent avec les parties inférieures du bâtiment ni avec l'environnement bâti ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que la couleur et les motifs des garde-corps sont adaptés à leur environnement ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le portail principal sur rue ne présente pas des motifs de ferronnerie trop sophistiqués et n'est pas sans lien avec le caractère de l'architecture de la rue, de type faubourg ;
- il méconnaît le règlement de l'aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine dès lors que les dispositions applicables au projet ne prévoient pas la nécessité de tuiles plates petit moule, que le projet prévoit d'utiliser de telles tuiles et qu'en tout état de cause la cohérence générale de l'avenue Clémenceau est préservée ;
- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d'occupation du sol du bâtiment E dès lors que les calculs de la commune de Meaux sont erronés.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2024, la commune de Meaux, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SCCV le Domaine Clémenceau en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 2 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 5 février 2024.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 11 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dutour, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ferrand, représentant la SCCV le Domaine Clémenceau, et de Me D'Andrea, représentant la commune de Meaux.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er mars 2023 le maire de Meaux a refusé de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire qu'elle a sollicité pour la reconstruction d'un bâtiment avec locaux d'activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation totale de 62 logements au total, la construction d'un local vélos et d'un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de 93 places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau à Meaux. Par un courrier du 2 mai 2023, la SCCV le Domaine Clémenceau a formé auprès du maire de Meaux, un recours gracieux contre cet arrêté, reçu le 5 mai lequel a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société pétitionnaire demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la fin-de-non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir ". Aux termes de l'article 1849 du code civil : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social ".
3. La requête précise qu'elle est présentée pour la SCCV le Domaine Clémenceau, représentée par ses dirigeants légaux. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait Kbis de la société et de ses statuts, que M. A est le gérant de la société lequel peut, en vertu des dispositions précitées du code civil, légalement décider d'ester en justice. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article UB 8 du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux : " La construction de plusieurs bâtiments non contigus sur une même propriété est autorisée à condition que la distance comptée horizontalement entre tous points des bâtiments en regard soit au moins égale à : / - à la hauteur de façade (cf. art. 10) avec un minimum de 8 m si celle-ci comporte des baies assurant l'éclairement des locaux. Pour les constructions sur patio ne comportant qu'un seul niveau, cette dimension peut être ramenée à 5 m. / - à la moitié de cette hauteur avec un minimum de 4 m lorsque la façade est aveugle () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la façade sud-est du bâtiment E et la façade nord du bâtiment D comportent des ouvertures. D'autre part, elles sont " en regard " au sens des dispositions du plan local d'urbanisme précitées dès lors qu'elles se font partiellement face. Toutefois, il est constant que les dispositions précitées n'indiquent pas quelle hauteur de façade il convient de prendre en compte pour la distance à respecter entre deux bâtiments lorsque les hauteurs ne sont pas les mêmes. La hauteur du bâtiment E est de 12,75 mètres, la hauteur de la façade du bâtiment D est de 6,48 mètres et la distance entre ces deux bâtiments est de 10,75 mètres. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le projet méconnaîtrait l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux dès lors que le bâtiment E serait irrégulièrement implanté. Par suite, ce moyen est fondé.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages naturels ou urbains. () ".
7. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
8. L'arrêté attaqué est fondé sur le motif tiré de ce que le projet, de par ses dimensions, son architecture et son aspect extérieur, est de nature à porter une atteinte visible aux lieux avoisinants et au paysage urbain. D'une part, le terrain d'assiette du projet se situe au sein du périmètre du site patrimonial remarquable de la commune de Meaux dans le " tissu de densité faible front de rue hétérogène ". L'environnement du terrain d'assiette du projet est constitué d'un tissu mixte d'immeubles, maisons de ville et pavillons à l'est et au nord du terrain d'assiette du projet du côté de la rue de la Prairie et de l'avenue Clémenceau. De plus, il ressort des pièces du dossier qu'à proximité immédiate du projet, à l'ouest et au sud du côté de la rue Louis Braille et de l'avenue Paul Frot, sont implantés des immeubles collectifs, ainsi que des constructions de facture moderne sans aucun intérêt architectural et d'une taille plus importante que les bâtiments projetés. D'autre part, le projet litigieux consiste en l'édification d'un bâtiment reprenant l'architecture traditionnelle le long de l'avenue Clémenceau et de quatre autres bâtiments au style architectural contemporain en cœur d'îlot. Dans ces conditions, si la commune de Meaux fait valoir en défense que par leur caractère imposant ces quatre bâtiments projetés en cœur d'îlot ne s'insèrent par correctement dans leur environnement, cela ne ressort pas des pièces du dossier, les constructions projetées s'intégrant dans leur environnement hétérogène immédiat et n'étant pas, par leur situation, leurs dimensions et leurs caractéristiques, de nature à porter significativement atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains et naturels. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le bâtiment A sera démoli et reconstruit en conservant un front de rue traditionnel qui respecte l'aspect des maisons d'anciens faubourgs. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté attaqué sur ce point doit être accueilli.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux : " () Les combles et toitures doivent présenter une simplicité de volume et une unité de conception ".
11. D'abord, l'attique du bâtiment E est un étage et non un comble ou une toiture. Ainsi, les dispositions précitées de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux ne lui pas applicables. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la toiture du bâtiment E présente une unité de conception avec les toitures des bâtiments B, C et D dès lors qu'elles sont toutes en zinc avec un seul pan d'une pente de 5°. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'attique du bâtiment E et, en particulier, son plan arrondi ne serait cohérent ni avec les parties inférieures du bâtiment, ni avec l'environnement bâti. Par suite, ce moyen doit être accueilli.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que du fait de leur couleur ou de leurs motifs, les garde-corps ne seraient pas adaptés à leur environnement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.
13. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avenue Clémenceau comporte d'autres portails avec des motifs de ferronnerie. Ainsi, aucun élément ne permet d'estimer que le portail principal sur rue serait sans lien avec le caractère de l'architecture de la rue de type faubourg. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.
14. En septième lieu, si la décision attaquée mentionne que " l'aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine préconise la pose de tuiles plates petit moule " il n'est ainsi pas possible de déterminer quelles sont les dispositions appliquées. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le toit du bâtiment A est en tuile dans un style conforme à l'existant ce qui permet de préserver la cohérence de l'avenue Clémenceau. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du règlement de l'aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.
15. En huitième et dernier lieu, d'une part, l'article 4-1 du " chapitre 5 - dispositions applicables en zone bleu foncé " du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne dispose que " () / Dans la zone de la boucle Nord de la Marne strictement délimitée et reportée sur le plan de zonage règlementaire, le coefficient d'occupation du sol pour les constructions à usage d'habitation ne devra pas excéder 0,40 (sans toutefois dépasser celui éventuellement fixé par le plan local d'urbanisme) ; pour les opérations d'aménagement, ce coefficient est calculé sur l'ensemble du programme ; () ". Le lexique du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne définit le coefficient d'occupation du sol comme " Le coefficient d'occupation du sol qui détermine la densité de construction admise est le rapport exprimant le nombre de mètres carrés de plancher hors œuvre nette susceptibles d'être construits par mètre carré de sol ".
16. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : / 1° Des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur ; / 2° Des vides et des trémies afférentes aux escaliers et ascenseurs ; / 3° Des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre ; / 4° Des surfaces de plancher aménagées en vue du stationnement des véhicules motorisés ou non, y compris les rampes d'accès et les aires de manœuvres ; / 5° Des surfaces de plancher des combles non aménageables pour l'habitation ou pour des activités à caractère professionnel, artisanal, industriel ou commercial ; / 6° Des surfaces de plancher des locaux techniques nécessaires au fonctionnement d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation, y compris les locaux de stockage des déchets ; /7° Des surfaces de plancher des caves ou des celliers, annexes à des logements, dès lors que ces locaux sont desservis uniquement par une partie commune ; / 8° D'une surface égale à 10 % des surfaces de plancher affectées à l'habitation telles qu'elles résultent le cas échéant de l'application des alinéas précédents, dès lors que les logements sont desservis par des parties communes intérieures ".
17. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est partiellement couvert par le plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne. Le bâtiment E est implanté sur une partie du terrain d'assiette du projet située en zone bleu foncé d'une superficie de 5 472 m². Il ressort des pièces du dossier que la surface de plancher de ce bâtiment respecte le coefficient d'occupation du sol de 0,4 % fixé par les dispositions précitées du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicable en zone bleu foncé. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le projet méconnaîtrait les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d'occupation du sol du bâtiment E. Par suite, ce moyen doit être accueilli.
18. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 du maire de Meaux.
19. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 1er mars 2023 du maire de Meaux et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la SCCV le Domaine Clémenceau sont annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
20. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
21. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement.
22. Il y a lieu, en application du principe rappelé au point 21, d'enjoindre au maire de Meaux de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire sollicité le 9 novembre 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV le Domaine Clémenceau, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par la commune de Meaux. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Meaux la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er mars 2023 du maire de Meaux et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la SCCV le Domaine Clémenceau sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Meaux de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire sollicité le 9 novembre 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Meaux versera à la SCCV le Domaine Clémenceau la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Meaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV le Domaine Clémenceau et à la commune de Meaux.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
La rapporteure,
L. DUTOURLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière