Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309095
vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2309095 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO 14 |
| Avocat requérant | KWEMO |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de proposition d'hébergement adapté à sa situation et ses besoins ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- par une décision du 10 octobre 2022, la commission de médiation de Seine-et-Marne a reconnu sa demande d'hébergement comme prioritaire et précisé qu'il devait être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ;
- depuis cette date, il n'a reçu aucune proposition d'hébergement et dort toujours à la rue ; son droit à la vie privée issu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; il sollicite une indemnisation à hauteur de 5 000 euros en réparation des préjudices relatifs à sa vie privée et familiale, sa santé, sa situation matérielle et son état psychique.
Par un mémoire enregistré le 7 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête de M. B.
Le préfet fait valoir que le requérant peut bénéficier du dispositif d'hébergement de droit commun, que sa famille a bénéficié effectivement d'une mise à l'abri et qu'il n'a pas donné suite aux invitations à se rapprocher du service intégré de l'accueil et de l'orientation.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a présenté le 18 mai 2022 un recours amiable tendant à la reconnaissance de son droit au logement opposable à la commission de médiation
de Seine-et-Marne. Toutefois, la commission de médiation a estimé qu'une offre de logement n'étant pas adaptée à sa situation particulière, M. B devra se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une décision du 10 octobre 2022. En l'absence d'attribution d'un hébergement d'urgence, M. B a adressé une demande préalable d'indemnitaire, reçue le 30 mai 2023 par la préfecture de Seine-et-Marne. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de proposition d'hébergement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2023, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont dépourvues d'objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
4. Les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation prévoient les conditions dans lesquelles une commission de médiation peut être saisie d'une demande de logement locatif social. Aux termes du III du même article : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande / () ". Aux termes du IV du même article : " Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département () cette demande pour laquelle il doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ".
5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment de la décision du 10 octobre 2022, que la commission de médiation de Seine-et-Marne a reconnu que M. B devait être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale dans le cadre du dispositif régi par le code de la construction et de l'habitation lui reconnaissant un droit à l'hébergement opposable.
7. En premier lieu, et à supposer même que M. B ait pu bénéficier d'un hébergement précaire au titre du dispositif de droit commun, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été accueilli dans l'une des structures visées par la décision en litige à la date du présent jugement. Par suite, M. B est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à l'héberger.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que par deux lettres du 11 octobre 2022 et du 23 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a invité M. B à prendre contact avec le service intégré de l'accueil et de l'orientation de Seine-et-Marne à peine de déchéance de son droit à l'hébergement opposable. Toutefois, l'administration n'apporte pas la preuve
que M. B se soit vu notifier de telles lettres. En conséquence, le préfet ne saurait se prévaloir de la négligence de l'intéressé afin de l'exonérer de sa responsabilité.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
9. Compte tenu des conditions d'hébergement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un accueil à M. B conforme aux conditions prescrites par la commission de médiation, de la durée de cette carence, soit 19 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat, née à l'expiration d'un délai de six semaines après la décision de la commission de médiation. Compte tenu de ce que le requérant a bénéficié à compter du 28 mars 2024 d'un regroupement familial au profit de son épouse et de leurs trois enfants, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à M. B une somme de 650 euros (six cent cinquante euros).
Sur les frais d'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 650 (six cent cinquante) euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de-Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. C La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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