Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309602

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309602
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2023, Mme E B épouse C représentée par Me Cahen-Salvador, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise médicale sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ayant pour objet de déterminer les responsabilités encourues à la suite de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à compter du 18 août 2022 à l'hôpital Henri-Mondor et de déterminer l'étendue du préjudice qui en a résulté.

2°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de provision ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle été victime de diverses complications à la suite de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à compter du 18 août 2022 à l'hôpital Henri-Mondor, en sorte qu'une expertise médicale doit être réalisée au contradictoire l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, afin de déterminer la cause de ses complications et d'évaluer le préjudice qui en a résulté.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre et 3 octobre 2023, l'Assistance-publique-hôpitaux de Paris déclare qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, demande au tribunal d'ordonner que les frais en soient avancés par la requérante et d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris de produire le détail de ses débours afin que l'expert puisse statuer sur leur imputabilité.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud,

vice-président, pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La demande d'expertise présentée par Mme E C née B à l'effet d'établir si la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à l'hôpital Henri-Mondor à compter du 18 août 2022 a été faite dans les règles de l'art entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. Les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Il s'ensuit que la demande tendant à ce qu'il soit statué sur la charge des frais d'expertise est prématurée et ne peut, par suite, qu'être rejetée.

4. Si l'Assistance publique-hôpitaux de Paris demande au juge des référés d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de justifier des débours dont elle entend demander le remboursement, il n'appartient pas au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 532-1 d'adresser une telle injonction. Il appartiendra à l'expert désigné, au cours de l'expertise, dans le cadre des pouvoirs de direction des opérations d'expertise qui leur sont conférés, de se faire communiquer par les parties tous documents nécessaires à leur mission et notamment à l'évaluation du préjudice.

5. En l'état de l'instruction, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité de cet établissement ne sont pas établis par la seule production d'une expertise non contradictoire. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de Mme B épouse C tendant au versement d'une provision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A D, exerçant 2, rue Rousselet à Paris (75007), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B épouse C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital Henri-Mondor à compter du 18 août 2022 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen clinique de Mme B épouse C ;

2°) décrire l'état de santé de Mme B épouse C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement depuis cette date ; décrire l'état pathologique de la patiente ayant conduit aux soins et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B épouse C ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital Henri-Mondor et l'utilité des gestes pratiqués ;

4°) dire si une infection est survenue au cours ou au décours de la prise en charge de Mme B épouse C, si elle était présente ou en incubation au début de la prise en charge ou si elle a une autre origine que cette prise en charge ;

5°) si tout ou partie du dommage n'est pas imputable à un manquement aux règles de l'art, dire si l'accident médical a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques liés à l'intervention, de l'exposition particulière de la patiente en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;

6°) dans tous les cas, donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté de Mme B épouse C présente un lien direct, certain avec le manquement, l'infection ou l'accident constaté ou bien s'ils n'ont entraîné qu'une perte de chance de se soustraire à ce dommage ou d'en éviter une aggravation et fixer dans cette dernière hypothèse l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par la patiente en le justifiant au regard des données de la science médicale ; en excluant dans l'un ou dans l'autre cas, la part des séquelles qui serait, le cas échéant, à mettre en relation avec toute cause étrangère à la prise en charge de Mme B épouse C par l'hôpital Henri-Mondor ;

7°) dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;

8°) dire si l'état de santé de Mme B épouse C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaire, mentionner dans quel délai ;

9°) décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par Mme B épouse C selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaire, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanent, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;

10°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme B épouse C et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des dates, heures et lieux auxquels ils procèderont aux opérations d'expertise.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B épouse C, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. A D, expert.

Fait à Melun, le 15 mai 2024.

Le juge des référés,

T. Gallaud

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,