Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310728
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2310728 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | UGGC AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 9 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, Mme B représentée par
Me Zerki, demande au juge des référés :
1°) de prescrire une expertise médicale sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ayant pour objet de déterminer les responsabilités encourues à la suite de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à compter de janvier 2012 au centre hospitalier universitaire Henri-Mondor et de déterminer l'étendue du préjudice qui en a résulté.
2°) de mettre à la charge de l'Assistance-publique-hôpitaux de Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a été victime de complications, notamment infectieuses, à la suite de la prise en charge chirurgicale d'une tumeur pinéale par l'hôpital Henri-Mondor ;
- à la suite d'une expertise contradictoire, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France a conclu à son incompétence au motif que les complications infectieuses n'atteignaient pas les critères de gravité ;
- une nouvelle expertise médicale doit être réalisée au contradictoire de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales afin de déterminer la cause de ses complications et d'évaluer le préjudice qui en a résulté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales, représentée par Me Welsch, déclare qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête ; elle soutient que l'expertise sollicitée n'est pas utile.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud,
vice-président, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 1142-8 du code de la santé publique, relatif aux commissions régionales de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux prévues à l'article L. 1142-5 du même code : " Lorsque les dommages subis présentent le caractère de gravité prévu au II de l'article L. 1142-1, la commission émet un avis sur les circonstances, les causes, la nature et l'étendue des dommages, ainsi que sur le régime d'indemnisation applicable. / L'avis de la commission régionale est émis dans un délai de six mois à compter de sa saisine. Il est transmis à la personne qui l'a saisie, à toutes les personnes intéressées par le litige et à l'office institué à l'article L. 1142-22. / Cet avis ne peut être contesté qu'à l'occasion de l'action en indemnisation introduite devant la juridiction compétente par la victime, ou des actions subrogatoires prévues aux articles L. 1142-14, L. 1142-15 et L. 1142-17 () ". Aux termes de l'article L. 1142-9 du même code : " Avant d'émettre l'avis prévu à l'article L. 1142-8, la commission régionale diligente une expertise dans les conditions prévues à l'article L. 1142-12. () / Le rapport d'expertise est joint à l'avis transmis dans les conditions prévues à l'article L. 1142-8 ". L'article L. 1142-12 du même code fixe les conditions de désignation des experts et les conditions d'exercice de leur mission. Cet article dispose notamment que " le collège d'experts ou l'expert s'assure du caractère contradictoire des opérations d'expertise, qui se déroulent en présence des parties ou celles-ci dûment appelées " et que " ces dernières peuvent se faire assister d'une ou des personnes de leur choix ".
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 523-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment du rapport de l'expertise prescrite par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux.
3. Mme B a été victime de complications, notamment infectieuses, à la suite de sa prise en charge par l'hôpital Henri-Mondor ; elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Ile-de-France d'une demande tendant à la mise en œuvre de la procédure d'indemnisation amiable au titre du préjudice résultant de la prise en charge médicale évoquée ci-dessus. La CCI a prescrit, le 18 novembre 2022, une expertise en application des dispositions de l'article L. 1142-9 du code de la santé publique, puis, au vu du rapport d'expertise qui lui a été remis, a rendu un avis le 3 mars 2023 qui conclut à son incompétence en l'absence d'atteinte du critère de gravité.
4. Si la requérante entend remettre en cause le bien-fondé des conclusions de l'expertise diligentée dans le cadre de la procédure amiable introduite par la requérante devant la CCI, elle se contente de critiquer la motivation du rapport qu'elle estime lacunaire et de contester l'appréciation portée par l'expert, sans produire d'éléments médicaux de nature à remettre sérieusement en cause ces conclusions. Dans ces conditions, l'expertise demandée ne revêt pas, en l'état de l'instruction, le caractère d'utilité requis par les dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions qui ont trait aux frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Fait à Melun, le 3 juillet 2024.
Le juge des référés,
T. Gallaud
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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