Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311434
vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2311434 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CDG |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Goutail, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 4 juillet 2023 par laquelle le jury du baccalauréat professionnel spécialité " métiers de l'accueil " l'a ajournée au titre de la session de juin 2023, ensemble la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté le recours gracieux formé contre cette délibération ;
2°) d'enjoindre au directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France de réexaminer sa candidature pour les épreuves d'analyse des situations professionnelles et de gestion de l'information et des prestations dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa copie de l'épreuve d'analyse des situations professionnelles comporte des erreurs matérielles dès lors que la note mentionnée sur l'épreuve est de 6/20 avec une mention corrective à 7/20, qu'elle comporte des traits qui signalent les réponses attendues et que l'appréciation du correcteur est en incohérence avec le contenu de la copie, ainsi que les annotations qui y figurent dès lors que seul un calcul a été barré en page 4 notifiant l'existence d'une seule erreur dans son devoir ;
- l'épreuve de gestion de l'information et des prestations est entachée de diverses erreurs matérielles, dès lors que les questions posées par les examinateurs ont porté sur des fiches qui figuraient initialement dans son dossier pédagogique mais qu'elle avait ensuite retirées ; elle n'a pas été interrogée sur les fiches relatives à " gérer l'information et les prestations dans la direction des affaires juridiques de la Mairie de Paris ", " gérer l'information et la direction des espaces verts de la Maire de Paris " et " gérer l'information à la Mairie du 12ème arrondissement de Paris " ; la grille de notation transmise par les services le 4 octobre 2023 ne comportait pas la mention des noms, prénoms, qualités et signatures des membres de la commission d'interrogation ; il lui a été refusé la communication de son dossier administratif support de l'épreuve E32 ce qui laisse présumer l'absence de signature de ce dernier par le président du jury, en méconnaissance de l'article D. 337-85 du code de l'éducation, et du fait que la commission n'en ait pas eu connaissance avant l'épreuve orale, ce qui entraine une rupture d'égalité entre les candidats.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2024, le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une lettre du 19 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 janvier 2024 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 29 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 17 décembre 2018 portant création de la spécialité " métiers de l'accueil " de baccalauréat professionnel et fixant ses modalités de délivrance ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
- et les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A s'est inscrite à la session 2023 du baccalauréat professionnel spécialité " métiers de l'accueil " en qualité de candidate apprentie. Par une délibération du 4 juillet 2023, le jury de cet examen l'a déclarée refusée en raison de l'obtention d'une moyenne générale de 8,11/20. Par un courrier du 16 juillet 2023, Mme A a formé à l'encontre de cette décision un recours gracieux, qui a été rejeté par une décision le 4 octobre 2023 du directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France. Par la présente instance, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 337-51 du code de l'éducation : " Le baccalauréat professionnel est un diplôme national délivré dans les conditions fixées par les articles D. 337-52 à D. 337-94. / () ". Aux termes de l'article D. 337-69 du même code : " L'examen du baccalauréat professionnel comporte : / () / Les notes égales ou supérieures à 10 sur 20 obtenues aux épreuves ou unités constitutives sont valables cinq ans à compter de leur date d'obtention. Les candidats qui, au terme du calcul de la moyenne conditionnant la délivrance du diplôme, échouent à l'examen (), reçoivent une attestation reconnaissant l'acquisition de blocs de compétences correspondant aux unités auxquelles ils ont obtenu une note égale ou supérieure à 10 sur 20. Cette attestation est délivrée par le recteur d'académie. / () ". L'article D. 337-88 du même code dispose que : " Les résultats définitifs des évaluations résultent de la délibération du jury souverain ".
3. En application du principe de la souveraineté du jury, l'appréciation portée par un jury d'examen sur la valeur des épreuves subies par un candidat n'est pas susceptible d'être contestée devant le juge administratif, sauf si celle-ci est fondée sur une erreur de droit ou sur des faits matériellement inexacts.
4. En premier lieu, en ce qui concerne l'épreuve d'analyse des situations professionnelles (E2), Mme A soutient que sa copie est entachée de plusieurs erreurs matérielles. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si une note de 6/20 avait été apposée en première lecture sur sa copie, c'est bien la note finale de 7/20 qui a été retenue. Si elle soutient, par ailleurs, que les traits inscrits sur sa copie signalent les réponses attendues et que l'appréciation du correcteur est en incohérence avec le contenu de sa copie ainsi que les annotations qui y figurent, ces éléments, qui ne sont pas corroborés par la grille d'évaluation de l'épreuve jointe au dossier, ne permettent pas d'établir qu'une erreur matérielle a été commise par le jury. Par suite, ce moyen sera écarté.
5. L'annexe II c " définition des épreuves " de l'arrêté du 17 décembre 2018 portant création de la spécialité " métiers de l'accueil " de baccalauréat professionnel et fixant ses modalités de délivrance, dispose pour l'épreuve de gestion de l'information et des prestations (E32) que : " La sous-épreuve prend appui sur un dossier comprenant : Des situations professionnelles, vécues ou observées en milieu professionnel ou simulées en formation, en lien avec le bloc de compétences 2 " Gérer l'information et des prestations ". Ces situations seront retranscrites sous la forme de 3 fiches de situation qui seront apportées obligatoirement par le candidat le jour de la sous-épreuve, elles doivent concerner les compétences liées à : la gestion de l'information, la gestion de prestations internes et externes, la contribution à la mise en œuvre de projet. Une fiche peut couvrir un ou plusieurs de ces champs de compétences. Le contrôle de conformité du dossier est effectué par les autorités académiques avant le jour de la sous-épreuve pour permettre au candidat, le cas échéant, de mettre son dossier en conformité pour le jour de la sous-épreuve. Ce dossier est mis à la disposition de la commission d'interrogation, qui doit disposer du temps nécessaire pour en prendre connaissance avant le début de l'interrogation, selon les modalités fixées par les autorités académiques. En l'absence de dossier et/ou de fiches de situation, le candidat ne peut pas être interrogé, la note zéro est attribuée à cette sous-épreuve et est signifiée au candidat. Dans tous les autres cas, il convient d'interroger le candidat dans des conditions normales. En fin d'interrogation, il est informé des réserves émises par la commission, le cas est signalé au président du jury et une note est proposée. Les lacunes constatées sont pénalisées dans les limites prévues par la grille d'aide à l'évaluation proposée par la circulaire nationale d'organisation ".
6. En deuxième lieu, la requérante fait valoir que, lors de l'épreuve de gestion de l'information et des prestations (E32), elle a été interrogée uniquement sur les fiches qui figuraient initialement dans son premier dossier pédagogique déposé le 11 avril 2023 alors qu'elle aurait dû être interrogée sur les fiches déposées le 10 mai 2023 relatives à " gérer l'information et les prestations dans la direction des affaires juridiques de la Mairie de Paris ", " gérer l'information et la direction des espaces verts de la Maire de Paris " et " gérer l'information à la Mairie du 12ème arrondissement de Paris ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'évaluation de cette épreuve, que le jury était bien en possession de ces trois fiches, dès lors qu'il a reporté leurs intitulés dans l'encart dédié sur le formulaire. Par suite, ce moyen sera écarté.
7. En troisième lieu, si la requérante soutient que la grille de notation transmise par les services le 4 octobre 2023 ne comportait pas la mention des noms, prénoms, qualités et signatures des membres de la commission d'interrogation, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agissait d'une version masquée et que la version transmise à l'instance comportait ces indications. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, l'article D. 337-85 du code de l'éducation précise que : " Les éléments d'appréciation dont dispose le jury du baccalauréat professionnel sont : 1° Les résultats aux évaluations obtenus par les candidats aux épreuves prévues à l'article D. 337-82 ; 2° Le livret scolaire ou de formation des candidats. Aucun candidat ayant fourni un livret scolaire ou de formation ne peut être ajourné sans que le jury ait examiné celui-ci. La mention de cet examen est portée au livret scolaire ou de formation sous la signature du président du jury ".
9. La requérante soutient que la communication de son dossier administratif support de l'épreuve E32 lui a été refusée et présume ainsi de l'absence de signature de ce dernier par le président du jury et du fait que la commission n'en ait pas eu connaissance avant l'épreuve orale. Il ressort des pièces du dossier et, notamment de l'annexe II c précitée, que le dossier support de cette épreuve consiste en trois fiches de situation apportées par le candidat. Le dossier administratif et pédagogique, transmis par la candidate pour son inscription aux épreuves en qualité de candidate libre, n'est pas le support d'évaluation sur lequel le jury se fonde pour cette épreuve. Il ne ressort par ailleurs d'aucune disposition que ce dossier devait être signé par le président du jury, dès lors que les dispositions citées par la requérante sont applicables au livret scolaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requérante doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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