Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311435

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme A E D, représentée par Me Adjacotan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler le titre de séjour qu'elle sollicitait ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 21 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 avril 2024 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- et les observations de Me Sacko, substituant Me Adjacotan, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise est entrée en France le 10 octobre 2022 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 22 septembre 2023 et a présenté le 30 août 2023 une demande de renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, a obligé la requérante à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de la décision portant rejet de la demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour même, et au demeurant visé dans l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme C B, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers, aux fins de signer notamment les décisions de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, que la décision attaquée, qui vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qui rappelle les principaux éléments de la situation administrative, personnelle et professionnelle de l'intéressée pris en considération pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas examiné la situation de la requérante avant de refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 5221-26 du code du travail : " L'étranger titulaire du titre de séjour ou du visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois mentionné au 11° de l'article R. 5221-2 portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures () ". Ces dispositions permettent au préfet, dans l'hypothèse où cette limite de 60 % de la durée du travail annuelle n'est pas respectée par l'étudiant étranger, tant de retirer son titre de séjour que d'en refuser le renouvellement. Toutefois, elles n'imposent pas au préfet de retirer ou de refuser de renouveler une carte de séjour en qualité d'étudiant, et ne le privent pas du pouvoir de régularisation qui lui appartient toujours au regard de la situation particulière de chaque étranger, notamment au regard de la réalité et du sérieux du suivi de ses études.

6. Le préfet de Seine-et-Marne a refusé à Mme D le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " au motif qu'elle ne respectait pas le temps de travail prévu par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle a travaillé de février à août 2023 plus de 997,58 heures et qu'elle a également travaillé en septembre 2023 alors qu'elle n'était autorisée à travailler que dans la limite de 964 heures par an. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a exercé une activité professionnelle en qualité d'intérimaire pour l'agence Derichebourg à compter du 7 février 2023 et a dépassé de plus de 33 heures la limite de 60 % de la durée de travail annuelle définie à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, ce qu'elle ne conteste pas. Enfin, si Mme D soutient avoir multiplié les missions d'intérim afin de faire face à une situation de grande précarité, après avoir été contrainte de quitter le logement d'un parent qui l'hébergeait en décembre 2022, les pièces produites à l'appui de sa requête ne permettent pas d'attester de ces difficultés. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 octobre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E D et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2311435