Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312338

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2312338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023 et des mémoires enregistrés les 4 janvier et 18 mars 2024, MmeHadjer B, représentée par Me Rochiccioli, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, afin de déposer sa demande de titre de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- elle est entrée en France en 2020 alors qu'elle était encore mineure et qu'elle s'était vu délivrer, en 2016, un passeport en qualité d'enfant français ; elle a dû restituer ses documents d'identité française le 14 septembre 2023 ; elle souhaite solliciter son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale en France sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; dans cette perspective elle tente en vain d'obtenir un rendez-vous en préfecture en ligne depuis le mois de juin 2023 ;

- la condition d'urgence est remplie eu égard à l'impossibilité dans laquelle elle se trouve depuis un délai déraisonnable d'obtenir un rendez-vous ; cette situation porte atteinte à ses droits et l'expose à un risque d'éloignement ; la convocation qu'elle a obtenue après l'introduction de son recours, pour le 14 octobre 2024, est trop lointaine et n'est pas de nature à faire cesser l'urgence de sa situation ; elle se trouve dans l'impossibilité d'effectuer le stage obligatoire que requièrent ses études à l'UPEC et de bénéficier d'une bourse du CROUS ; ses inscriptions pour l'année scolaire à venir, tant en France qu'au Canada sont actuellement bloquées du fait de l'absence de récépissé ;

- la mesure sollicitée est utile en l'absence de dispositif alternatif prévu par la préfecture pour présenter les demandes de titre de séjour ou obtenir un rendez-vous ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il ressort de l'instruction que Mme B, de nationalité algérienne, tente d'obtenir un rendez-vous sur le site de la préfecture du Val-de-Marne depuis juin 2023, date à laquelle elle est devenue majeure, pour déposer une demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Il n'est pas contesté par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a produit ni mémoire en défense ni pièces, que les demandes que Mme B a présentées dans cette perspective par la voie de son conseil sont restées sans réponse jusqu'à l'introduction de la présente instance. Mme B justifie se trouver dans une situation d'urgence, en se prévalant du délai écoulé depuis sa première tentative de prise de rendez-vous en ligne, de ses relances et des difficultés auxquelles elle se heurte pour poursuivre ses études et de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de solliciter valablement une bourse. Si, par mail du 27 décembre 2023, un rendez-vous lui a été accordé pour le 14 octobre 2024, ce rendez-vous lointain, fixé alors qu'une nouvelle année universitaire sera déjà engagée, n'est pas de nature à faire cesser cette situation d'urgence. Dès lors, il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de donner à Mme B un rendez-vous qui devra se tenir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de la délivrance d'un récépissé de sa demande, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de fixer à Mme B un rendez-vous qui devra se tenir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de sa demande de de titre de séjour et de la délivrance d'un récépissé de sa demande.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 30 mai 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,