Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312516

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2312516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, M. B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au chef de l'établissement pénitentiaire du Sud Francilien de transmettre la ou les décisions dont la suspension est demandée ;

2°) de suspendre l'exécution de ces décisions.

Il soutient que :

- il a fait l'objet d'une fouille à l'issue de son parloir famille en mai 2023 et le

15 octobre 2023, sans que les agents chargés de la mettre en œuvre aient pu produire la décision ni justifier de ses motifs ;

- sa requête est recevable malgré l'impossibilité dans laquelle il se trouve de produire la décision en litige ;

- il bénéficie de parloirs famille tous les trois à quatre mois et doit recevoir la visite de son père en janvier 2024, alors que les convocations au parloir sont distribuées la veille seulement et que les fouilles sont systématiques et décidées a priori ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors que le recours à la fouille à nu systématique est attentatoire à la dignité humaine, protégée par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que par la Constitution ;

- la ou les décisions litigieuses sont entachées d'un vice de procédure, faute pour les agents de l'avoir informé de leurs motifs ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait, alors que le ou les faits qui pourraient être invoqués ne sont pas de nature à les justifier juridiquement ;

- elles sont disproportionnées au regard de l'objectif recherché et des faits qui les justifient ;

- elles sont constitutives d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elles laissent transparaître une intention de nuire à sa réinsertion et sont des violences psychologiques pénalement sanctionnées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. M. A, incarcéré au sein du centre pénitentiaire Sud Francilien, soutient avoir fait l'objet d'une fouille intégrale à l'issue de deux parloirs intervenus en mai et en

octobre 2023, et demande la suspension des effets de la ou des décisions en litige. Toutefois, le requérant n'apporte pas de précisions sur la nature exacte de cette ou de ces décisions. Si M. A doit être entendu comme demandant la suspension des effets des deux décisions prises en mai et en octobre 2023, d'une part, il produit seulement la convocation parloir en date du dimanche 15 octobre 2023. A défaut de toute pièce de nature à attester de l'organisation d'une visite au parloir en mai 2023, la requête ne permet pas d'attester de l'existence d'une décision de pratiquer une fouille intégrale à l'occasion de cette visite. D'autre part, à supposer établies, ces décisions ont été entièrement exécutées. Enfin, si

M. A doit être entendu comme contestant une décision qui aurait été prise par les services de l'administration pénitentiaire de pratiquer à son encontre une telle fouille à la sortie de chaque parloir, l'unique document produit ne permet pas de confirmer le caractère systématique allégué. Il s'ensuit que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que celles tendant à l'injonction de production de la ou des décisions en litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au centre pénitentiaire Sud Francilien.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,