Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312521
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2312521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, M. B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le directeur du centre pénitentiaire Sud Francilien a rejeté sa demande en date du 20 juillet 2023.
Il soutient que :
- le 20 juillet 2023, il a demandé au service comptabilité du centre pénitentiaire des explications sur les incohérences apparaissant sur son compte cantine externe à hauteur de 100 euros, demande à laquelle il n'a pas reçu de réponse malgré une relance le 20 septembre suivant ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il perçoit entre 250 et
300 euros, par conséquent les incohérences comptables d'un montant de 100 euros représentent une somme conséquente ;
- l'absence de réponse à sa demande traduit un mépris à son égard et le blesse, alors qu'elle est injustifiée et contraire au code de déontologie du responsable du service comptabilité ;
- cette décision n'est motivée ni en droit ni en fait ;
- le service de comptabilité a méconnu le décret portant déontologie de sa profession, selon lequel il doit respecter les droits des personnes détenues et concourir à leur réinsertion ;
- le délai excessif de quatre mois est constitutif d'un détournement de pouvoir faisant grief à ses intérêts et nuisant à sa réinsertion.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. M. A, incarcéré au sein du centre pénitentiaire Sud Francilien, soutient avoir saisi le service comptabilité de ce centre le 20 juillet puis le 19 septembre 2023, d'une demande d'explications sur le montant figurant sur son compte cantine, qui comporterait une erreur de 100 euros, en vain. Pour soutenir que la condition tenant à l'urgence serait remplie, le requérant se prévaut de l'importance du montant en jeu, représentant environ une semaine et demi de salaire. Toutefois, l'incidence immédiate de l'incohérence de compte cantine alléguée ne résulte pas de l'instruction, alors que M. A exerce une activité d'opérations manuelles d'assemblage pour laquelle il a perçu 312,46 au titre du mois d'octobre 2023, et que le requérant n'apporte aucune précision sur les dépenses auxquelles il doit faire face. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite de rejet de la demande d'explication adressée au service comptabilité du centre pénitentiaire Sud Francilien.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au centre pénitentiaire Sud Francilien.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,