Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313370

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRAJI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 13 décembre 2023 au greffe du présent tribunal, complétée le 6 mars 2024, M. D E B, représenté par Me Raji, demande au tribunal

1°) d'annuler les arrêtés en date du 8 octobre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police de Paris) une somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en cause est insuffisamment motivée, qu'elle a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est en France depuis quatre ans, travaille et vit auprès de son oncle, de nationalité française.

La requête a été communiquée le 14 décembre 2023 au préfet de police de Paris qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu :

- les arrêtés attaqués ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'ordonnance du président du tribunal administratif de Paris du 11 décembre 2023 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. B au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 12 mars 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Raji, représentant M. B, requérant, présent, qui rappelle qu'il est entré en France en 2019, qu'il travaille depuis cette date pour son oncle, qu'il a été interpellé alors qu'il allait déposer une demande de certificat de résidence, qui soutient qu'il est intégré en France et veut être régularisé et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Le préfet de police de Paris, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E B, ressortissant algérien né le 21 janvier 1997 à Djebala (wilaya de Tlemcen), entré en France selon ses dires " fin 2019 ", a été signalé par les services de police le 7 octobre 2023 pour des faits d'usage de faux documents administratifs. Par un arrêté du 8 octobre 2023, le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français, ainsi qu'une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au présent tribunal au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), 237 allée des Séquoias.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ; ".

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. A C, attaché d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions en cas d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

5. Les décisions querellées du 8 octobre 2023 du préfet de police de Paris mentionnent de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il s'était soustrait une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée le 19 août 2022, qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire et que les décisions prises ne contrevenaient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il serait en France depuis quatre ans, il travaillerait et serait proche de son oncle de nationalité française, il est constant qu'il est entré en France dépourvu de tout visa, qu'il travaille sans bénéficier d'une quelconque autorisation en ce sens et qu'il est célibataire et sans enfant sur le territoire français. Le moyen ne pourra qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. En l'espèce, le préfet de police de Paris a relevé que l'intéressé n'était en France que depuis quatre ans, qu'il était entré irrégulièrement et travaillait sans autorisation, qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il était célibataire et sans enfant. C'est donc sans erreur d'appréciation qu'il a fixé à deux ans l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. B.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D E B, au préfet de police de Paris et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris et au préfet de Seine-et-Marne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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