Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313529

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Hug , demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de déposer sa demande de carte de résident ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- sa fille mineure a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2023 ; depuis cette date, il tente en vain d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de titre de séjour ; n'ayant pas de numéro étranger, il ne peut effectuer cette démarche sur l'ANEF ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est actuellement en situation irrégulière, alors même qu'il peut bénéficier de plein droit d'une carte de résident en sa qualité de parent d'un réfugié mineur, qu'il n'a aucune ressource et ne peut pas travailler, qu'il n'a pas de logement et ne peut déposer une demande de logement social, que sa compagne est actuellement en formation d'auxiliaire de puériculture et n'a pas de ressources, et qu'il est en conséquence urgence qu'il puisse subvenir aux besoins de sa famille ;

- la mesure sollicitée est utile en l'absence d'une autre voie ouverte pour effectuer ses démarches ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que la fille mineure de M. B, de nationalité malienne, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2023. M. B justifie avoir, depuis cette date, effectué de multiples tentatives pour obtenir un rendez-vous en préfecture en vue de présenter sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant mineur bénéficiant de la qualité de réfugié. Il fait plus particulièrement valoir, sans être contredite par la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit aucun mémoire ni aucune pièce, qu'il ne peut effectuer cette démarche sur le site de l'ANEF, vers lequel il est systématiquement renvoyée, dès lors qu'il ne dispose pas de numéro d'étranger. Dans ces conditions, M. B, qui apparaît pourvoir bénéficier d'une carte de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'un enfant mineur bénéficiant de la qualité de réfugié et soutient être dépourvu de ressources stable lui permettant de pourvoir aux besoins de sa famille et de logement stacle, justifie d'une urgence impliquant que sa demande de titre de séjour soit enregistrée dans un délai raisonnable. Dès lors, il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de donner à M. B un rendez-vous en préfecture qui devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hug, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Hug de la somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de fixer à M. B un rendez-vous en préfecture qui devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L'État versera à Me Hug, conseil de M. B, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 23 mai 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,