Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313692
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2023, complétée le 25 décembre 2023, M. F H B, représenté par Me Nakou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour ;
2°) de condamner l'Etat (préfète du Val-de-Marne) à lui verser la somme de 1.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision contestée a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée dans l'ensemble de ses dispositions, qu'elle est entachée d'une erreur de droit car il est entré en France il y plus de treize ans, et qu'elle méconnait également les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le 23 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 mars 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête.
Le requérant, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F G, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1994 à Bingerville (Abidjan), entré en France le 7 août 2011, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant délivré par le préfet du Val-d'Oise, valable jusqu'au 15 octobre 2015, dont il a demandé le renouvellement ainsi qu'un changement de statut vers celui de salarié, ce qui lui a été refusé par une décision du préfet du Val d'Oise du 26 avril 2016 qui lui faisait aussi obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La requête contre cette décision a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 26 janvier 2017. Il n'a pas exécuté cette décision, y compris après ce jugement. Il n'a présenté aucune autre demande de titre de séjour. Le 13 décembre 2023, il a été contrôlé par les forces de l'ordre alors qu'il circulait sur une trottinette. Les policiers remarquaient alors sur l'écran de son téléphone, apparent parce que posé sur la trottinette, des messages relatifs à une usurpation d'identité. Interrogé sur une carte bancaire que l'intéressé avait en sa possession, il prenait la fuite en courant. Il était rattrapé et interpellé " non sans mal ". L'enquête révélait que la carte correspondait à une identité usurpée, qu'elle n'était pas volée, la victime n'ayant pas ouvert de compte à la banque correspondante. Les fonctionnaires de police relevaient à cette occasion que M. B " est sujet à une déficience mentale rendant peu crédible qu'il soit l'instigateur d'une escroquerie ". Placé en garde à vue, il a d'abord refusé de répondre aux questions des forces de police hors la présence d'un avocat, puis indiqué résider occasionnellement chez une tante, être entré en France en 2011 en raison de la guerre en Côte d'Ivoire, avoir de la famille en France, dont son père. L'examen psychiatrique effectué dans le cadre de la garde à vue a confirmé l'existence chez l'intéressé d'une " déficience intellectuelle légère, ainsi que des arguments pour un trouble de stress post-traumatique ". Par une décision du 14 décembre 2023, notifiée le lendemain, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans. Placé au local de rétention administrative de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), il en a été libéré. Par une requête enregistrée le 17 décembre 2023, il a demandé l'annulation de la décision du 14 décembre 2023. Dans le cadre de sa requête, il a indiqué être hébergé chez sa tante, Madame C, à Alfortville (Val-de-Marne) 37 rue de Nancy.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/08671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 23 de la préfecture du Val-de-Marne, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. E A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses en cas d'absence ou d'empêchement de Madame D, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est en l'espèce ni établi ni même allégué que Madame D n'aurait, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 14 décembre 2023 de la préfète du Val-de-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé, entré en France en septembre 2011, n'avait pas sollicité de titre de séjour, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Si le requérant soutient qu'il est en France depuis 2011 où vivraient de nombreux membres de sa famille, dont son père, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des contacts avec celui-ci, ni avec les autres membres de sa famille, ne logeant que très occasionnellement chez eux, selon ses propres déclarations. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision contestée au regard des stipulations rappelées aux points précédents ne pourra qu'être écarté.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F H B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : M. Aymard
La greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
2313692