Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313695
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, complétée le 18 décembre 2023, et le 20 décembre 2023 au greffe du présent tribunal, M. C D, représenté par Me Tordo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa requête ;
3°) de condamner l'Etat (préfète de l'Essonne) à lui verser la somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, que la décision contestée a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée dans l'ensemble de ses dispositions et qu'elle méconnait également les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en République démocratique du Congo, et celles de l'article 8 de la même convention car son exécution affecterait son droit à une vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 20 décembre 2023 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. D au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 mars 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet de l'Essonne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 22 février 1985 à Kinshasa, entre en France le 3 septembre 2017 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 février 2019. Le préfet de Seine-et-Marne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours le 28 mars 2019, non contestée et non exécutée. Interpellé le 13 décembre 2023 lors d'un contrôle au sein du réseau de transport ferroviaire à Dourdan (Essonne). N'étant pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire, il a été placé en retenue administrative et auditionné. Il a indiqué à cette occasion, vivre en concubinage avec une personne en situation régulière, enceinte de ses œuvres, avoir quatre enfants en Angola, ne pas avoir de problème de santé et ne pas vouloir retourner en République démocratique du Congo. Par une décision du 13 décembre 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an. Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au présent tribunal au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), 13 rue Emile Blin, chez Madame E.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 118 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A B, adjoint au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 13 décembre 2023 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé, entré en France pour y solliciter l'asile avait vu sa demande rejetée, n'avait pas sollicité de titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Si le requérant soutient qu'il vivrait avec une ressortissante angolaise, en situation régulière, enceinte de ses œuvres, il ne l'établit pas par les seules pièces produites à l'appui de sa requête. Il ressort par ailleurs de ses déclarations devant les forces de police qu'il a quatre autres enfants en Angola avec leur mère, à qui il envoie de l'argent " quand il le peut ". Il ne saurait donc soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations rappelées au point précédent.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Si le requérant soutient que " le 29 octobre 2019, les médecins de l'OFII ont déjà indiqué que la santé de Monsieur C D nécessitait une prise en charge médicale et dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ", il a déclaré devant les forces de police " n'avoir aucun problème de santé ".
9. Par ailleurs, il est constant que la demande d'asile de M. D a été rejetée définitivement le 15 février 2019 et qu'il n'a jamais déposé de demande de réexamen.
10. Ainsi, faute d'éléments permettant de juger du bien-fondé de ce moyen, celui-ci ne pourra qu'être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. D ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C D, au préfet de l'Essonne et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : M. Aymard
La greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne et à la préfète du Val-de-Marne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
2313695