Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313734

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, Mme C A épouse B, représentée par Me Dodier, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous dans les quinze jours de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de olui délivrer simultanément un récépissé avec autorisation de travail dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A épouse B soutient que :

- elle s'est mariée me 26 décembre 2017 avec M. B, qui réside régulièrement en France ; elle est entré en France avec un visa de long séjour D le 7 mars 2023 à la suite de l'acceptation de la demande de regroupement familial formulée par son époux ; son visa ne valant pas titre de séjour, elle a souhaité se présenter en préfecture puis se connecter sur le site " démarches simplifiées " pour déposer sa demande de titre de séjour, mais a à chaque fois été redirigée vers l'ANEF alors qu'elle ne peut y créer un compte dès lors que son visa ne vaut pas titre de séjour ; les signalements de cette situation qu'elle a effectués par plusieurs mails et une lettre recommandée envoyés en octobre et en décembre 2023 sont restés sans réponse ;

- la condition d'urgence est remplis compte tenu du délai durant lequel elle a multiplié les démarches pour faire enregistrer sa demande de titre de séjour, de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de travailler ou de suivre une formation, de l'atteinte portée à sa liberté de circulation ;

- la mesure sollicité ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- elle est utile pour la préservation de ses droits.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A épouse B, de nationalité comorienne, est entrée en France en 2023 dans le cadre du regroupement familial obtenu par son époux par décision du 26 mai 2021. Elle justifie de multiples démarches effectuées en vain depuis juin 2023 sur le site " démarches simplifiées ", sur l'ANEF et par voie postale tendant à obtenir un rendez-vous en préfecture pour présenter une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A épouse B fait notamment valoir, sans être contredite par la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit ni mémoire en défense ni pièces, que le visa de long séjour avec lequel elle est entrée en France ne valant pas titre de séjour, elle ne peut réaliser ses démarches sur le site de l'ANEF auquel elle se voit toujours renvoyée. Dans les circonstances de l'espèce, Mme A épouse B, maintenue en situation irrégulière alors qu'il n'est pas contestée qu'elle bénéficie du droit au regroupement familial et qu'elle est entrée régulièrement en France, doit être regardée comme justifiant d'une urgence impliquant que sa demande de titre de séjour soit enregistrée dans un délai raisonnable. Dès lors, il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de donner à Mme A épouse B un rendez-vous en préfecture qui devra intervenir dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de la demande de titre de séjour de la requérante et de la délivrance du récépissé correspondant, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme A épouse B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de fixer à Mme A épouse B un rendez-vous en préfecture qui devra intervenir dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue du dépôt de la demande de titre de séjour de l'intéressée et de la délivrance du récépissé correspondant.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme A épouse B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 23 mai 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,