Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313903
vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 décembre 2023 et le 28 février 2024, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen ;
- il méconnait les dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une lettre du 21 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 avril 2024 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 2 mai 2024.
M. B a transmis des pièces complémentaires le 2 qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 7 août 2022 muni d'un visa de long séjour en qualité de famille de français valable jusqu'au 27 janvier 2023 délivré par les autorités consulaires françaises à Alger en raison de son mariage le 28 novembre 2021 en Algérie avec une ressortissante française. Il a sollicité le 8 décembre 2022 la délivrance d'un premier certificat de résidence et un récépissé lui a été remis le 7 septembre 2023. Par une décision du 13 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Par la présente requête il demande l'annulation des décisions portant refus de sa demande de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 2 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Il résulte des termes de ces stipulations que si l'octroi et le renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " délivré de plein droit au ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française sont subordonnés à l'existence de ce lien conjugal, seul le premier renouvellement d'un tel certificat est soumis à la condition d'une communauté de vie effective entre les époux.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français le 7 août 2022, à la suite de son mariage, célébré le 28 novembre 2021 en Algérie, avec une ressortissante de nationalité française. Il a sollicité le 8 décembre 2022 la délivrance d'un premier certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour refuser de lui délivrer ce titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne a estimé que M. B n'avait pas transmis la transcription du mariage sur les registres de l'état civil français et qu'il n'établissait pas une communauté de vie effective avec sa femme dès lors qu'il avait quitté le domicile le 8 octobre 2022. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B apporte la copie de l'acte de transcription de son mariage sur les registres de l'état civil français et, d'autre part, la communauté de vie exigée par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien n'est requise que pour le premier renouvellement du certificat de résidence. Dès lors, en considérant que M. B n'avait pas transmis une transcription de son mariage sur les registres de l'état civil français et en exigeant une communauté de vie effective entre les époux pour lui octroyer son premier titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 octobre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de première délivrance d'un certificat de résidence. Il y a lieu par voie de conséquence d'annuler également les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et sous réserve d'un changement de circonstances y faisant obstacle, le présent jugement implique que l'autorité administrative délivre à M. B un certificat de résidence d'un an. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2023 de la préfète du Val-de-Marne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer un certificat de résidence à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2313903