Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400140
mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2400140 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Joory, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de délivrance d'une attestation de la prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que sa situation est la conséquence des dysfonctionnements du service public résultant des difficultés de la procédure dématérialisée, alors que l'administration est tenue de mettre en place une voie de substitution et un accompagnement dans les démarches numériques ;
- l'administration préfectorale est tenue de lui remettre une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de carte de résident, en vertu de l'article
R. 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en l'absence d'un tel justificatif, il est maintenu en dehors du cadre juridique et empêché de poursuivre sa formation et de percevoir la rémunération afférente ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation, faute pour la préfète du
Val-de-Marne d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 435-15-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte au principe de continuité du service public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
4. M. A, ressortissant afghan né le 11 juillet 1987 à Kunar (Afghanistan), s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 mars 2023. Le 24 avril suivant, le requérant a présenté une demande de carte de résident en cette qualité sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) et a été rendu destinataire d'une attestation de prolongation d'instruction, arrivée à expiration le 23 octobre 2023 sans renouvellement.
M. A demande la suspension des effets du rejet implicite de sa demande du 6 novembre 2023 de délivrance d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction.
5. Toutefois, il ressort des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'à la date de la présente ordonnance, la demande de délivrance d'une carte de résident présentée par M. A le
24 avril 2023 doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant quatre mois par les services de la préfecture du Val-de-Marne, susceptible le cas échéant d'une requête fondée sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans un tel contexte, alors que l'instruction de la demande de titre de M. A doit être regardée comme terminée, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de renouvellement de l'attestation de prolongation d'instruction présentée par le requérant.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,