Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400381
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2400381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, complétée le 29 avril 2024, M. B C, représenté par Me Chelbi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté portant obligation de quitter le territoire notifié le 9 janvier 2024, ainsi que l'interdiction de retour du territoire français de trois ans,
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen,
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien en sa qualité de conjoint de français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de réexaminer sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai,
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses conclusions, que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait car il avait déposé le 6 novembre 2023 une demande de certificat de résidence algérien comme conjoint de français, qu'elle a été prise sans consultation de la commission du titre de séjour et que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public.
Le 27 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles,
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 30 avril 2024, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Chelbi, représentant M. C, requérant, présent, qui indique qu'il est entré régulièrement en France, qu'il a droit à un certificat de résidence de plein droit, que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- les observation de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en rappelant que la communauté de vie de l'intéressé avec son épouse n'est pas établie et que la décision est motivée par la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 10 août 2002 à Tigzirt, entré dans l'espace Schengen le 12 août 2018 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles à Alger, a épousé le 21 octobre 2023 en mairie de Chalette-sur-Loing (Loiret) une ressortissante française. Il a déposé une demande de certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France le 6 novembre 2023. Le 8 janvier 2024, suite à une plainte de son épouse, il a été placé en garde à vue, au terme de laquelle, le lendemain, la préfète du Val-de-Marne a pris à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans. Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, il a demandé l'annulation de cette décision. Le 11 janvier 2024, par le biais de son conseil, Madame C a retiré sa plainte. La demande de certificat de résidence algérien de M. C a fait l'objet d'une décision de clôture le 2 avril 2024 par la préfète du Val-de-Marne.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (..) ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dans sa rédaction issue du troisième avenant signé le 11 juillet 2001 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".
4. Il résulte des termes de ces stipulations que si l'octroi et le renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " délivré de plein droit au ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française sont subordonnés à l'existence de ce lien conjugal, seul le premier renouvellement d'un tel certificat est soumis à la condition d'une communauté de vie effective entre les époux.
5. Toutefois, aux termes de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'entrée de M. C sur le territoire français, reprises à l'article L. 621-3 du même code, les dispositions relatives à la remise d'un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne sont applicables à l'étranger " en provenance du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, est entré ou a séjourné sur le territoire métropolitain sans se conformer aux dispositions des articles 19, paragraphe 1 ou 2, 20, paragraphe 1, ou 21, paragraphe 1 ou 2, de cette convention ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". Aux termes des stipulations de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie Contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie Contractante sur lequel ils pénètrent (). ". Enfin, aux termes de l'article R. 212-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur à cette même date, reprise à l'article R. 621-4 : " L'étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse n'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français : / 1° S'il n'est pas assujetti à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Ou s'il est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, qui a été délivré par un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois, la déclaration doit être souscrite par les résidents d'États tiers qui sont désignés par arrêté du ministre chargé de l'immigration. ".
6. En application de ces dispositions combinées, un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, entré régulièrement sur le territoire d'un État membre et souhaitant entrer sur le territoire français, est tenu de souscrire une déclaration d'entrée sur ce territoire, sauf s'il n'est pas soumis à l'obligation de disposer d'un visa pour effectuer un séjour en France inférieur à trois mois ou s'il est titulaire d'un titre de séjour d'un autre État membre en cours de validité d'une durée supérieure ou égale à un an.
7. S'il ressort des pièces du dossier que M. C est marié à une ressortissante française depuis le 23 octobre 2023, il n'est entré sur le territoire français, en provenance de Barcelone (Espagne), que muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles à Alger et il ne soutient pas avoir souscrit une déclaration d'entrée sur le territoire français. Par suite, il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français en application de l'article 6 de l'accord franco-algérien et ne peut donc soutenir que la préfète du Val-de-Marne ne pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, après avoir constaté qu'il était bien entré irrégulièrement sur le territoire français, sans consulter la commission du titre de séjour.
8. C'est donc sans erreur de droit que la préfète du Val-de-Marne, après avoir constaté qu'il ne détenait aucun droit à se maintenir sur le territoire français, a pris à l'encontre de M. C une obligation de quitter sans délai le territoire français.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Si M. C soutient que son épouse est de nationalité française et que sa mère réside sur le territoire français, d'une part son mariage est récent et le couple n'a pas d'enfants et d'autre part il n'établit pas le caractère régulier du séjour de sa mère sur le territoire français. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations citées au point précédent que la préfète du Val-de-Marne a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 04 juillet 2024.
Le magistrat désigné, La greffière,
A : M. Aymard A : N. Riellant
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant