Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400525

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Hagège, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui fixer un rendez-vous pour procéder à l'examen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de première demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, de nationalité algérienne, il est entré en France le 14 octobre 2019, avec un visa espagnol, alors qu'il avait treize ans, qu'il a été placé à l'aide sociale à l'enfance et pris en charge par le département du Val-de-Marne à compter du 6 janvier 2020, que sa prise en charge a pris fin le 9 janvier 2023, qu'il a déposé une demande de titre de séjour le 11 juillet 2023 en préfecture du Val-de-Marne et qu'il n'a reçu aucune réponse, que la condition d'urgence est satisfaite car il doit passer son certificat d'aptitude professionnelle et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 17 janvier 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit aucune mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 M. A, ressortissant algérien né le 3 août 2005 à Mazouna, entré en France en dernier lieu le 9 octobre 2019 via Valence (Espagne), a été placé à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République près le tribunal judicaire de Créteil (Val-de-Marne) et confié à la garde du département du Val-de-Marne à compter du 9 janvier 2020, mesure confirmée par une ordonnance du juge des enfants du 17 janvier 2020. Ce placement a fait l'objet d'une mainlevée par une ordonnance du 10 janvier 2023, le juge des enfants constatant que M. A vivait en France avec ses parents chez une tante. Le 16 février 2023, le conseil départemental du Val-de-Marne a conclu avec ses parents un contrat d'aide éducative à domicile. La société " Label Plomb " de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) qui l'emploie dans le cadre de son certificat d'aptitude professionnelle de monteur en installations sanitaires a déposé une demande d'autorisation de travail le 22 juin 2023. Le 13 juillet 2023, par l'intermédiaire de son conseil, il a sollicité de la préfète du Val-de-Marne la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a reçu aucune réponse, malgré une relance du 6 décembre 2023. Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui fixer un rendez-vous pour procéder à l'examen de sa demande de titre de séjour.

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3 Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

4 En l'espèce, M. A a déposé, le 13 juillet 2023, en préfecture du

Val-de-Marne, une demande de certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, faute de réponse dans le délai de quatre mois, il s'est vu opposer une décision implicite de rejet à la date du 14 novembre 2023.

5 Par ailleurs, d'une part aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

6 D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5 Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ".

7 Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux conditions dans lesquelles peut être délivrée la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger recueilli par l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens.

8 Eu égard à ce qui précède, la demande formée par M. A sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne revêt aucun caractère d'utilité, dès lors qu'il n'a aucun droit à une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est, au surplus, de nature à faire obstacle à l'exécution de la décision implicite de rejet qui lui a été en tout état de cause opposée.

9 Dans ces conditions, la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,