Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400978

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pierrot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer dans le délai d'un mois un rendez-vous, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de délivrance de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, sous réserve de la complétude de son dossier, à cette occasion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, de nationalité congolaise, il est entré en France le 3 février 2018, qu'il vit avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident, avec qui il a eu quatre enfants, qu'il a saisi en février 2023 le préfet de Seine-et-Marne en vue de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, qu'il n'a eu aucune réponse malgré plusieurs relances du service, que la condition d'urgence est satisfaite eu égard au délai particulièrement long observé par les services du préfet de Seine-et-Marne pour répondre à sa demande, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 29 janvier 2024 au préfet de Seine-et-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 1er octobre 1977 à Kinshasa, entré en France le 3 février 2018 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 mai 2019. Il indique vivre avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident, avec qui il a eu quatre enfants, nés en novembre 2002, mai 2007, mai 2017 et août 2023, l'aînée de ses enfants étant titulaire d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et les deux derniers étant nés en France. A partir de février 2023, il a sollicité à plusieurs reprises les services de la préfecture de Seine-et-Marne aux fins d'obtenir un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il n'a obtenu aucune réponse. Il demande donc au juge des référés, par sa requête enregistrée le 25 janvier 2024, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui octroyer une date de rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous.. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant vit avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident, et avec qui il a eu quatre enfants dont deux, encore mineurs, sont nés en France. Il fait ainsi valoir des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous, quand bien même il aurait vu sa demande d'asile rejetée en mai 2019 et serait resté sur le territoire après cette date.

5. Ce point n'étant pas contesté par la préfète de Seine-et-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense, il y a lieu de lui enjoindre de délivrer à M. B une date de rendez-vous qui devra intervenir dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour et se voir remettre, en cas de dossier complet, c'est-à-dire comprenant l'ensemble des pièces mentionnées au point 66 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un récépissé de demande de titre de séjour comportant une autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai d'un mois.

Sur les frais de justice

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. B une date de rendez-vous qui devra intervenir dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour et se voir remettre, en cas de dossier complet, un récépissé de titre de séjour comportant une autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai d'un mois.

Article 2 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1.500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

M. Aymard