Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402091
vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2024, Mme B C D, représentant son fils, M. A C, représentés par Me Le Foyer de Costil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2023 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a déclaré la demande d'inscription de son fils à la session 2024 du baccalauréat irrecevable, ensemble la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France d'admettre l'inscription de son fils à la session 2024 du baccalauréat général ;
3°) de mettre à la charge du service interacadémique des examens et des concours une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle porte atteinte à son droit à l'éducation au sens de l'article 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 2 du protocole additionnel n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux articles L. 111-1 et L. 122-2 du code de l'éducation ;
- elle porte atteinte au principe d'égalité des usagers dès lors que le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a fait droit à une demande présentant le même vice ce qui donne lieu à deux traitements distincts sans justification d'intérêt général ou légale.
La requête a été communiquée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une lettre du 23 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 29 mars 2024.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 2 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 10 octobre 2023 portant ouverture des registres d'inscription aux épreuves finales et évaluations de contrôle continu du baccalauréat général et technologique session 2024 des académies de Créteil, Paris et Versailles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de Mme C D, requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 6 décembre 2023, M. A C, fils de la requérante, a été informé de ce que son dossier a été déclaré irrecevable au titre de la session 2024 du baccalauréat général au motif que son dossier n'était pas complet à la date du 1er décembre 2023. Par une décision du 22 décembre 2023, le recours gracieux formé par la requérante a été rejeté. Par la présente instance, la requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne que l'inscription à la session 2024 du baccalauréat du fils de la requérante est irrecevable au motif que le récapitulatif signé, accompagné des pièces justificatives demandées, n'ont pas été déposés sur le compte Cyclades avant le vendredi 1er décembre 2023. En mentionnant explicitement la date limite de dépôt des dossiers d'inscription à la session 2024 du baccalauréat, prévue par l'arrêté du 10 octobre 2023 portant ouverture des registres d'inscription aux épreuves finales et évaluations de contrôle continu du baccalauréat général et technologique session 2024 des académies de Créteil, Paris et Versailles, et le motif tiré de l'incomplétude du dossier du fils de la requérante, la décision attaquée précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale, dans toutes les décisions les concernant, à l'intérêt supérieur des enfants.
5. La requérante soutient qu'elle ne pouvait pas accéder à sa messagerie en raison d'un dysfonctionnement de l'application Cyclades et qu'elle a cru que le dossier était complet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les captures d'écran produites par la requérante établissent un tel dysfonctionnement à la date du 13 décembre 2023, soit postérieurement à la période de dépôt des pièces justificatives qui courait jusqu'au 1er décembre 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été destinataire d'une alerte le 27 novembre 2023 qui lui indique qu'un nouveau document " relance demande pièces justificatives " est disponible dans son espace candidat Cyclades. Enfin, à supposer qu'un tel dysfonctionnement soit établi pour la période courant jusqu'au 1er décembre 2023, il n'est pas établi ni même allégué que la requérante aurait entrepris des démarches pour informer l'administration de ce dysfonctionnement alors qu'elle était informée d'une relance concernant des pièces justificatives manquantes. Dans ces conditions, la décision attaquée se borne à tirer les conséquences de l'incomplétude du dossier d'inscription à la session 2024 du baccalauréat en tant que candidat individuel de son fils, A C, et n'a ni pour objet ni pour effet de porter atteinte à l'intérêt supérieur de son fils. Par suite, le moyen soulevé en ce sens par la requérante doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du protocole additionnel n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction ". Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () / Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. / () ". Aux termes de l'article L. 122-2 de ce code : " Tout élève qui, à l'issue de la scolarité obligatoire, n'a pas atteint un niveau de formation sanctionné par un diplôme national ou un titre professionnel enregistré et classé au niveau 3 du répertoire national des certifications professionnelles doit pouvoir poursuivre des études afin d'acquérir ce diplôme ou ce titre. L'État prévoit les moyens nécessaires, dans l'exercice de ses compétences, à la prolongation de scolarité qui en découle. / Tout jeune sortant du système éducatif sans diplôme bénéficie d'une durée complémentaire de formation qualifiante qu'il peut utiliser dans des conditions fixées par décret. Cette durée complémentaire de formation qualifiante peut consister en un droit au retour en formation initiale sous statut scolaire. / Tout mineur dispose du droit de poursuivre sa scolarité au-delà de l'âge de seize ans ".
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de priver le fils de la requérante de son droit à l'éducation, alors que la décision attaquée se borne à déclarer son dossier irrecevable pour l'inscription au baccalauréat au titre de la session 2024. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 2 du protocole additionnel n°1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 111-1 et L. 122-2 du code de l'éducation doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 28 de la convention de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, publiée par décret du 8 octobre 1990, créent des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Elles ne peuvent donc être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.
9. En cinquième et dernier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité au motif qu'une demande de modification d'inscription a été acceptée le 9 janvier 2024 par le directeur du service interacadémique des examens et des concours d'Ile-de-France. D'une part, il est uniquement loisible à l'autorité administrative d'examiner, à titre gracieux, une demande formulée hors délai. D'autre part, si la requérante se prévaut de ce que le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a accepté de modifier la spécialité poursuivie par un candidat pour son inscription au baccalauréat au titre de la même session le 9 janvier 2024, eu égard à l'incomplétude du dossier d'inscription du fils de la requérante à la date de clôture des inscriptions à la session 2024 du baccalauréat, il ne ressort pas des pièces du dossier que les candidats étaient placés dans la même situation. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2023 du directeur du service interacadémique des examens et des concours d'Ile-de-France, ensemble la décision du 22 décembre 2023 de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C D et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Blanc, conseillère,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.
La rapporteure,
T. BLANCLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière