Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402488
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 février 2024 et un mémoire enregistré le 25 mars 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Landoulsi, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B épouse C soutient que :
- elle est entrée régulièrement en France en août 2012 ; elle est titulaire d'une carte de résident en qualité de conjointe et de parent de français délivrée le 4 mars 2014 et valable jusqu'au 3 mars 2024 ; elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme ANEF le 26 novembre 2023 et une confirmation de dépôt de sa demande lui a été délivrée ; elle a toutefois reçu un message qui l'a invitée à faire sa démarches auprès de sa préfecture et non sur l'ANEF ce qu'elle a tenté de faire par de multiples tentatives de prise de rendez-vous en ligne et une demande par courrier recommandé de son conseil ; ces démarches sont restées vaines ;
- la condition d'urgence est remplie puisque son titre de séjour expire le 3 mars 2024, que l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement, qu'elle est dans l'impossibilité de prendre un rendez-vous ; si un rendez-vous lui a été donné en cours d'instance pour le 22 mars 2024, ce rendez-vous s'est limité à la prise d'empreintes digitales et aucun récépissé ne lui a été remis, alors qu'il lui a été demandé d'adresser les pièces nécessaires à l'instruction de son dossier par voie postale, contrairement à ce qui était indiqué sur la convocation, de sorte que la situation d'urgence persiste
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- elle est utile eu égard aux dysfonctionnements auxquels elle est confrontée ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 et 29 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
La préfète du Val-de-Marne fait valoir que l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit le maintien des droits au séjour et au travail des étrangers titulaires d'une carte de résident pendant un délai de trois mois à compter de l'expiration de cette carte, que le titre de séjour de Mme B épouse C expire le 3 mars 2024 entre dans le champ de ces dispositions, que Mme B épouse C ne s'est pas présentée au rendez-vous du 22 mars 2024 qui lui avait été accordé, qu'elle avait pris un rendez-vous pour le 18 mars, que lors de sa venue, la procédure normale de renouvellement de titre, soit trois mois avant l'expiration du titre, lui a été appliquée, avec une prise des empreintes et l'envoi du dossier par courrier, qu'un récépissé avec autorisation de travail lui sera envoyé par courrier dès la réception de son dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Il résulte de l'instruction qu'en cours d'instance, Mme B épouse C a été convoquée en préfecture, qu'elle y a été effectivement reçue, qu'il a été procédé à la prise de ses empreintes, qu'il lui a été demandé d'adresser son courrier par voie postale. La préfète du Val-de-Marne indique que dès réception de cet envoi, un récépissé avec autorisation de travail devait lui être adressé. Mme B épouse C, dont le conseil a pris connaissance le 29 mars 2024 des dernières écritures de la préfète du Val-de-Marne, ne soutient pas, deux mois plus tard, qu'elle aurait été dans l'impossibilité d'adresser son dossier de demande de titre de séjour avec les pièces requises par voie postale, ni que cet envoi n'aurait pas été réceptionné par la préfecture ni qu'elle n'aurait pas été rendue destinataire d'un récépissé m'autorisant à travailler. Dans ces conditions, il y a lieu de regarder les demandes de rendez-vous et de délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail comme étant devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées à ce titre.
3. Par ailleurs, en admettant même que Mme B épouse C ait adressé sa demande de titre de séjour par voie postale dès le 29 mars dernier, la préfète du Val-de-Marne dispose, en application des dispositions des articles R. 431-12, R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un délai de quatre mois, qui n'est pas écoulé à la date de la présente ordonnance, pour se prononcer sur cette demande avant que ne naisse une décision implicite rejet. Dans ces conditions, la demande tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète d'examiner la demande de Mme B épouse C dans un délai de trente jours est sans objet et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
4. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B présentées en vue d'obtenir un rendez-vous en préfecture et la délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 30 mai 2024.
La juge des référés,
Signé : C. Ledamoisel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,