Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402720

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 3 mars et 5 juillet 2024, Mme A C B, représentée par Me Barrovecchio, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, de lui délivrer l'attestation de demande d'asile afférente ainsi qu'un dossier de demande d'asile en vue de saisir l'OFPRA dans le délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi résultant de la violation de ses droits ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris en méconnaissance des articles 3, 5, 17 et 26 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 111-2 du code des relations entre le public l'administration et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE)

n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Dellevedove pour exercer les fonctions prévues par les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dellevedove qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires ;

- les observations de Me Barrovecchio, représentant Mme B, absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête et qui fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1977, a déposé une demande d'asile et a été mise en possession de l'attestation correspondante le 20 octobre 2023. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 19 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a prononcé le transfert de Mme B aux autorités allemandes. Mme B demande au Tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner l'État à l'indemniser du préjudice subi résultant de la violation de ses droits.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier, que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre () b) des critères de détermination de l'État membre responsable () c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () d) de la possibilité de contester une décision de transfert () e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5.FR 29.6.2013 Journal officiel de l'Union européenne L. 180/37/ 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement " ; aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : () b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". Aux termes de l'article 4 de la directive n° 2013/32/UE du

26 juin 2013 susvisée : " 1. Les États membres désignent pour toutes les procédures une autorité responsable de la détermination qui sera chargée de procéder à un examen approprié des demandes conformément à la présente directive. () / 4. Lorsqu'une autorité est désignée (), les États membres veillent à ce que le personnel de cette autorité dispose des connaissances appropriées ou reçoive la formation nécessaire pour remplir ses obligations lors de la mise en œuvre de la présente directive. / () ". Aux termes de l'article 34 de cette directive " () 2. Les États membres peuvent prévoir que le personnel d'autorités autres que l'autorité responsable de la détermination mène l'entretien personnel sur la recevabilité de la demande de protection internationale. En pareil cas, les États membres veillent à ce que ce personnel reçoive préalablement la formation de base nécessaire, notamment en ce qui concerne le droit international des droits de l'homme, l'acquis de l'Union en matière d'asile et les techniques d'entretien. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le 20 octobre 2023, Mme B a bénéficié de l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du

26 juin 2013 susvisé, assistée par un interprète de la société agréée ISM - Interprétariat, en langue peul, qu'elle a déclaré comprendre, ainsi qu'en atteste sa signature apposée sans réserve au bas du résumé de cet entretien. Lors de cet entretien, soit en temps utile, les brochures, qui comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du

30 janvier 2014, ont été remises à l'intéressée. Si ces brochures étaient rédigées en français par manque de disponibilité de ces brochures en langue peul, il n'est pas contesté qu'elle a bénéficié, en tout état de cause, du concours de l'interprète en langue peul qui l'a assistée au cours de cet entretien et qui a porté oralement à sa connaissance l'intégralité du contenu de ces brochures, ainsi que l'attestent les mentions portées sur ces brochures, en sorte que Mme B, qui a signé ces documents sans émettre la moindre objection, est réputée, dans ces conditions, en avoir compris le sens. Cet entretien, dont rien ne permet de penser qu'il n'a pas eu lieu dans des conditions garantissant sa confidentialité, a été mené par un agent de la préfecture du Val-de-Marne, qui a porté ses initiales sur le résumé de cet entretien et qui doit être présumé qualifié en vertu du droit national. La requérante ne fournit aucun élément pertinent de nature à renverser cette présomption alors que le résumé de cet entretien atteste par l'ensemble de ses mentions de la qualité de cet entretien au regard du processus de détermination de l'État membre responsable. Dans ces conditions, la circonstance, invoquée par la requérante, de l'absence des mentions de l'identité de cet agent, ce qui n'est d'ailleurs exigé par aucun texte et notamment pas par l'article L. 111-2 du code des relations entre le public l'administration en tout état de cause inapplicable à ce résumé, est à cet égard sans incidence et ne saurait par elle-même l'avoir privée d'aucune garantie En signant ce résumé sans émettre aucune objection, Mme B est réputée avoir obtenu les explications et les traductions nécessaires. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir d'une quelconque méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. L'Allemagne est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en sorte qu'il doit être présumé que la demande d'asile de Mme B sera traitée par les autorités allemandes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait à la date de la décision contestée des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Allemagne dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs qui entraîneraient un risque de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de nature à renverser cette présomption, en sorte que rien ne permet de penser que les autorités allemandes n'évalueraient pas d'office les risques réels de mauvais traitements qui pourraient naître pour elle du seul fait de son éventuel retour en Guinée. En tout état de cause, Mme B n'établit pas la réalité des craintes et des menaces qu'elle invoque et n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'elle risquerait de subir personnellement en Allemagne en qualité de demandeur d'asile ou dans l'éventualité d'un retour dans son pays d'origine des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations susmentionnées en raison de son militantisme politique en faveur du mouvement de l'Union des forces démocratiques de Guinée. Par ailleurs, Mme B, qui a déclaré être mariée, mère de quatre enfants restés dans son pays d'origine et entrée en France le 15 octobre 2023, y résidait ainsi au mieux depuis trois mois seulement à la date de l'arrêté de transfert attaqué et ne s'était prévalu auprès de l'administration de la présence d'aucun membre de sa famille en France ou en Europe. Elle ne saurait se prévaloir désormais de la présence en France d'une personne de nationalité française qu'elle présente comme étant son frère en se bornant à produire la carte nationale d'identité de cette personne alors qu'elle n'établit par aucune des pièces versées au dossier les liens de parenté qui l'uniraient à cette personne ni, en tout état de cause, la réalité, l'intensité et l'ancienneté de la relation qu'elle entretiendrait avec cette personne à la date de la décision contestée ni être, à cette date à sa charge ni à l'inverse devoir lui porter assistance et ne fournit d'ailleurs aucune déclaration de cette personne manifestant la moindre volonté de renouer une quelconque relation avec elle. Elle ne saurait pas davantage se prévaloir de la présence sur le territoire français de nombreux cousins, nièces et neveux comme elle le prétend sans fournir aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, Mme B ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Val-de-Marne décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a méconnu ni les stipulations et dispositions susmentionnées ni porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée.

8. En quatrième lieu, Mme B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des conditions de notification de la décision de transfert litigieuse, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité. Si elle soutient que la décision attaquée ainsi que sa notification ne contiennent aucune information quant aux conséquences de l'inexécution de cette décision de transfert en méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement, cette information qui doit figurer dans la décision de transfert ou dans sa notification est pareillement sans incidence sur la procédure de détermination de l'État membre responsable et sur la légalité de cette décision. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté dans le présent litige.

9. En cinquième lieu, d'une part, Mme B n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au caractère suspensif du recours contre la décision de transfert litigieuse ni les stipulations des articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, stipulations relatives aux droits à un recours effectif, dès lors qu'elle a pu exercer par la requête susvisée le présent recours pour excès de pouvoir contre l'arrêté litigieux dans des conditions de nature à satisfaire ces stipulations et dispositions, ce qui n'est pas contesté. D'autre part, si Mme B soutient que, convoquée à la préfecture du Val-de-Marne le 6 mars 2023, elle aurait été illégalement retenue dans une pièce de la préfecture puis emmenée au camp du Mesnil Amelot en début de soirée et qu'elle aurait été abusivement transférée en Allemagne le lendemain, elle ne fournit aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations alors, d'ailleurs, en tout état de cause, que ces circonstances postérieures à la décision contestée intéressant l'exécution de cette décision, qui auraient pu conduire l'intéressée si elle s'y croyait fondée à exercer un référé liberté par un mémoire distinct dans les conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sont sans incidence sur sa légalité.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de l'arrêté susvisé du 19 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Les conclusions indemnitaires présentées par Mme B, qui n'ont pas fait l'objet d'une réclamation préalable devant l'administration de nature à lier le contentieux conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées alors, d'ailleurs, en tout état de cause, que l'intéressée n'établit ni la réalité ni la teneur du préjudice qu'elle dit avoir subi résultant des prétendues violations du caractère suspensif du recours et de son droit à un recours effectif ainsi que des circonstances de sa prétendue détention illégale et du déplacement forcé qu'elle invoque, circonstances non établies, ainsi qu'il a été dit.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : E. DellevedoveLa greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa