Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403179
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. C B, représenté par Me Laporte, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite du 24 février 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et jusqu'au jugement du fond à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le refus implicite de lui délivrer un titre de séjour fait obstacle à la poursuite de sa formation en apprentissage, entamée en septembre 2022, et le prive ainsi des ressources tirées de son emploi alors que sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance prendra fin lors de ses 20 ans ;
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute pour la préfète du Val-de-Marne d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs, reçue le 22 janvier 2024 ;
- la préfète du Val-de-Marne ne pouvait pas rejeter sa demande sans une saisine préalable de la commission du titre de séjour, en vertu de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 18 mars 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 27 mars 2024 à 14h00 en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Me Moysan, substituant Me Laporte, représentant
M. B, présent, qui soutient en outre que son employeur est particulièrement inquiet et s'interroge sur le renouvellement de son contrat d'apprentissage au regard des risques en cas de survenance d'un accident de travail, que son CAP ne prend pas fin en août 2024 de sorte qu'il lui faudra trouver un autre contrat, qu'il se montre très assidu dans son travail, que l'intégralité de son parcours illustre son sérieux, qu'il perçoit un peu plus de 1 000 euros par mois, rémunération constituant un début d'autonomie important pour lui, qu'il aime son métier et souhaite pouvoir rester au sein de l'entreprise actuelle.
La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. M. B, ressortissant malien né le 20 juillet 2004 à Mounta (Mali), entré en France en septembre 2020 à l'âge de 16 ans, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de A par une ordonnance de placement provisoire du tribunal pour enfants de A du 22 janvier 2021, confirmée par un jugement en assistance éducative du
7 juillet suivant. Le requérant a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour le
24 octobre 2022 sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande.
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il résulte de l'instruction que M. B a présenté sa première demande de titre de séjour au cours de l'année de sa majorité, alors qu'il était inscrit depuis septembre 2022 en première année de CAP Jardinier Paysagiste et avait signé un contrat pour une formation en alternance avec la société Aidlib de septembre 2022 au 31 août 2024. Dans de telles conditions, le rejet implicite de la demande de titre de séjour présentée par le requérant a pour conséquence de rendre sa situation administrative irrégulière et le prive de la possibilité de poursuivre ses études, et de percevoir sa rémunération en qualité d'apprenti. Il s'ensuit qu'au cas d'espèce, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance" entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française ".
5. Au regard de l'ensemble des circonstances précédemment décrites, ainsi que des résultats scolaires de M. B et de l'appréciation portée par ses éducatrices dans une note sociale du 27 mai 2022, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B.
6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La suspension prononcée implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne réexamine la demande présentée par M. B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et rende le requérant destinataire d'un récépissé, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la même notification.
Sur les frais de justice :
8. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Laporte au titre des honoraires et frais que M. B aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du
Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande présentée par M. B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de remettre un récépissé au requérant, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la même notification.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Laporte, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés, La greffière,
Signé : C. Letort Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme, La greffière,