Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403555
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 mars et le 3 avril 2024, M. B A, représenté par Me Denervaud, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 29 février 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a prononcé le retrait de sa carte professionnelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige a pour conséquence de mettre en péril l'emploi qu'il occupe en qualité d'agent de sécurité au sein de la société Griffon Protection ;
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- il remplit l'ensemble des conditions définies aux 1° à 5° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure pour bénéficier de la carte professionnelle en litige, alors que son casier judiciaire ne comporte aucune condamnation ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'apporte aucune précision sur les éléments portés à la connaissance du directeur du CNAPS qui caractériseraient un comportement susceptible de commettre ou de faciliter des actes de violence, alors qu'il n'a jamais adopté un tel comportement, dans le cadre comme en-dehors de ses fonctions ;
- les faits justifiant la mesure en litige sont infirmés par des attestations de l'ensemble de ses employeurs, selon lesquels il n'a fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire ni de plaintes de la part des clients comme de ses collègues, et qu'il adopte un comportement exemplaire ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit, alors que les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure limitent le retrait d'une carte professionnelle aux cas d'urgence, qui n'est ici pas caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. A ne démontre pas l'urgence de sa demande, alors que l'intérêt public justifie le retrait de sa carte professionnelle, au regard de son comportement, et alors que la rupture de son contrat de travail ouvre droit à des allocations chômage ;
- la décision litigieuse est suffisamment motivée ;
- le comportement et les propos violents de M. A sont incompatibles avec l'exercice d'une activité de sécurité privée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 4 avril 2024 à 10h00 en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Me Begeot, représentant M. A, absent, qui soutient en outre que son licenciement est inévitable puisque la carte professionnelle est indispensable à l'exercice de ses fonctions, que la décision litigieuse ne comporte aucune description des faits qui la fondent, que la note blanche est inexacte alors qu'il n'a jamais fait l'objet de mesures disciplinaires et n'a pas tenu les propos qui lui sont prêtés lors du renouvellement de sa carte d'identité, qui date de 2018.
Le conseil national des activités privées de sécurité n'était ni présent et ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article
L. 611-1: () 2o S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi no 78-17 du
6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées (). / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1o, 2o, 3o, 4o et 5o du présent article (). / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. En outre, le représentant de l'État peut retirer la carte professionnelle en cas de nécessité tenant à l'ordre public ".
3. M. A, employé par la société Griffon Protection en qualité d'agent de sécurité, bénéficiait depuis le 10 septembre 2021 d'une carte professionnelle d'agent de gardiennage, dont le retrait a été prononcé par une décision du conseil national des activités privées de sécurité du 29 février 2024. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.
4. Pour prononcer le retrait de la carte professionnelle dont M. A était titulaire, le conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur le comportement du requérant susceptible de commettre ou de faciliter des actes de violence lors de l'exercice de ses fonctions. La production du témoignage de l'ancien directeur d'exploitation de la société Griffon Protection, et d'une attestation rédigée par le directeur de la société hôtelière de Magny, pour laquelle M. A affirme travailler depuis le 24 mars 2003 en qualité de second de cuisine, ne suffit pas à contester utilement les faits reprochés au requérant, alors que la défense produit une note blanche attestant d'attitudes de M. A de nature à illustrer sa radicalisation, et de sa mise à pied pour fautes professionnelles réitérées. Ainsi, au regard des éléments produits dans ce dossier, aucun des moyens soulevés n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,