Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403689

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, de suspendre la délibération n° 23.5.24 du 19 octobre 2023 du conseil municipal de la commune de Villeneuve-Saint-Georges portant octroi de la protection fonctionnelle à M. C B.

Elle indique que la commune de Villeneuve-Saint-Georges a transmis le

27 octobre 2023 une délibération de sn conseil municipal du 19 octobre 2023 portant octroi de la protection fonctionnelle à un de ses membres, qu'elle a formé un recours gracieux le

28 novembre 2023, reçu le 5 décembre demandant le retrait notamment de cette délibération et que, lors de sa séance du 22 janvier 2024, le conseil municipal a rejeté la délibération tendant à ce retrait et que cette délibération lui a été notifiée le 29 janvier 2024.

Elle soutient que la délibération en cause est illégale car le conseiller municipal intéressé par son objet a participé à son vote et elle n'a été adoptée qu'à une seule voix de majorité et que la protection fonctionnelle a été accordée pour des faits de nature personnelle dont le conseil municipal n'a pas été en mesure de débattre.

La requête a été communiquée à la commune de Villeneuve-Saint-Georges, qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu

- la délibération attaquée

- les autres pièces du dossier.

Vu

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024 sous le numéro 2403698, la préfète du

Val-de-Marne a demandé l'annulation de la délibération contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 25 avril 2024, tenue en présence de

Madame Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Madame A, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui rappelle que le conseil municipal de la commune de Villeneuve-Saint-Georges a rejeté la délibération demandant le retrait de la délibération contestée du 19 octobre 2023 , que la personne intéressée a participé au vote qui a été adoptée à une seule voix de majorité, celle-ci ayant en plus un pouvoir, qu'il n'y a eu aucune information réelle du conseil municipal et qu'il y a donc un doute sérieux sur la légalité de la délibération du 19 octobre 2023.

La commune de Villeneuve-Saint-Georges, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Lors de sa séance du 19 octobre 2023, le conseil municipal de la commune de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) a adopté une délibération accordant la protection fonctionnelle à un de ses membres, M. C B, par 18 voix pour et 17 contre, 3 membres ne participant pas au vote. La préfète du Val-de-Marne, le 28 novembre 2023, a formé un recours gracieux contre cette délibération en demandant au maire de la commune de procéder notamment au retrait de cette délibération. Le conseil municipal, le 22 janvier 2024, a rejeté la délibération procédant au retrait de celle du 19 octobre 2023, par dix voix contre, dont celle de l'intéressé disposant d'un pouvoir, et huit pour, 12 membres du conseil ne participant pas au vote et trois abstentions. Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne a demandé au présent tribunal l'annulation de la délibération du 19 octobre 2023 et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : " Art. L. 2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes d'autres collectivités ou établissements suivent, de même, les règles fixées par les articles L. 2541-22, L. 2561-1, L. 3132-1, L. 4142-1, L. 4411-1, L. 4421-1, L. 4431-1, L. 5211-3, L. 5421-2, L. 5711-1 et L. 5721-4 du code général des collectivités territoriales. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. En application du II de l'article L. 1111-6, les représentants des collectivités territoriales ou des groupements de collectivités territoriales mentionnés au I du même article L. 1111-6 ne sont pas comptabilisés, pour le calcul du quorum, parmi les membres en exercice du conseil municipal ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, directement intéressé à la délibération en litige, celle-ci prévoyant l'octroi de la protection fonctionnelle à son profit, a participé à son vote, en apportant au surplus sa voix favorable tant en son nom propre qu'en celui d'un autre membre du conseil municipal pour lequel il disposait d'un pouvoir.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2123-34 du code général des collectivités territoriales : " () La commune est tenue d'accorder sa protection au maire, à l'élu municipal le suppléant ou ayant reçu une délégation ou à l'un de ces élus ayant cessé ses fonctions lorsque celui-ci fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère de faute détachable de l'exercice de ses fonctions. () ". Aux termes de l'article

L. 2123-35 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la commune conformément aux règles fixées par le code pénal, les lois spéciales et le présent code. La commune est tenue de protéger le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation contre les violences, menaces ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion ou du fait de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. La protection prévue aux deux alinéas précédents est étendue aux conjoints, enfants et ascendants directs des maires ou des élus municipaux les suppléant ou ayant reçu délégation lorsque, du fait des fonctions de ces derniers, ils sont victimes de menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages. () ".

6. Il appartient dans chaque cas à l'assemblée délibérante de la commune concernée, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, d'une part, de vérifier que les conditions légales énoncées à l'article L. 2123-35 sont remplies et qu'aucun motif d'intérêt général ne fait obstacle à ce que le bénéfice de la protection fonctionnelle soit accordé au maire ou à un élu municipal et, d'autre part, de déterminer les modalités permettant d'atteindre l'objectif de protection et de réparation qu'elles énoncent.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la délibération en litige est motivée par la réception du récépissé de plainte pour des " faits de harcèlement d'une personne sans incapacité propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de vie altérant la santé. Harcèlement d'une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité sans incapacité : dégradation des, conditions de vie entraînant une altération de santé " visant M. B, sans qu'il soit démontré, ni même soutenu par la commune qui n'a présenté aucun mémoire en défense, que les faits visés par la plainte en question aient été commis par l'intéressé à l'occasion de ses fonctions.

8. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne est fondée a soutenir qu'il existerait, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la délibération en litige et à en demander la suspension de son exécution.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la délibération n° 23.5.24 du 19 octobre 2023 du conseil municipal de la commune de Villeneuve-Saint-Georges portant octroi de la protection fonctionnelle à M. C B est suspendue.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète du Val-de-Marne à la commune de Villeneuve-Saint-Georges et à M. C B.

Le juge des référés,

Signé : M. AYMARDLa greffière,

Signé : O. DUSAUTOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,