Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403768

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. A C B, représenté par Me Meurou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet opposée par la préfète du Val-de-Marne à sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) de prescrire à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, avec astreinte de 150 euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il indique que, de nationalité camerounaise, il a déposé le 8 novembre 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en préfecture du Val-de-Marne, qu'il a eu une attestation de dépôt valable un an, qui n'a pas été renouvelée, qu'une décision implicite de rejet est donc née, dont il a demandé l'annulation par une requête du 27 mars 2024.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il est en attente de du renouvellement de son attestation de dépôt, et, sur le doute sérieux, que la décision est illégale car il a demandé les motifs de la décision implicite le 22 novembre 2023 et qu'il n'a eu aucune réponse, que la décision a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il vit en France depuis douze ans et a conclu un pacte civil de solidarité avec une compatriote, en situation régulière, avec qui il a eu deux enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024 sous le numéro 2403737, M. B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 25 avril 2024, tenue en présence de Madame Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Raymond, représentant M. B, requérant, absent, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car il a déposé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en novembre 2022, qu'il n'a jamais eu aucun retour, que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui rappelle que son épouse est en situation régulière et qu'ils ont deux enfants.

La préfète du Val-de-Marne, dûment convoquée, n n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1 M. A C B, ressortissant camerounais né le 17 mars 1984 à N'Kongsamba (Province du Littoral), entré en France selon ses dires en 2012, a conclu le 6 novembre 2020 un pacte civil de solidarité avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident délivrée par la préfète du Val-de-Marne et valable jusqu'au 29 novembre 2029. Le couple a deux enfants nés en décembre 2015 et janvier 2022. Le 8 novembre 2022, M. B a déposé en préfecture du Val-de-Marne une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Une " attestation de dépôt " lui a été délivrée à cette occasion " pour une durée de douze mois ". Ce document n'a pas été renouvelé et aucune information ne lui a été donnée sur l'état d'instruction de sa demande. Le 22 novembre 2023, il a demandé, par l'intermédiaire de son conseil, son renouvellement et aucune réponse ne lui a été apportée. Il a donc considéré qu'une décision implicite de rejet avait été opposée dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 27 mars 2024. Par sa requête enregistrée le 28 mars 2024, il en demande la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne lui a délivré une nouvelle " attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour " valable une année à compter du 22 avril 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4 L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France selon ses dires en 2012 et qu'il n'a entrepris des démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative qu'en 2022, soit dix ans plus tard. Il n'indique vivre avec la mère de ses enfants que depuis juin 2019, alors même que leur premier enfant est né en décembre 2015. S'il soutient que la décision contestée, qui est au demeurant intervenue le 9 mars 2023, soit il y a plus d'un an, et non le 8 novembre 2023, le maintient " dans une situation d'incertitude quant à son avenir ", il n'établit pas que le silence observé par la préfète du Val-de-Marne soit de nature à lui permettre de justifier des circonstances particulières mentionnées au point précédent, eu égard aux délais observés tant pour régulariser sa situation sur le territoire que pour contester la légalité de cette décision.

6 Par suite, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AYMARDLa greffière,

Signé : O. DUSAUTOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,