Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403813
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403813 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. A B, représenté par Me Dieudonné de Carfort, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui remettre sous huit jours une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; il a été licencié, faute de pouvoir justifier d'un titre de séjour en cours de validité ou d'un récépissé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige pour les raisons suivantes :
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
* cette décision est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne tient pas compte du fait qu'il est le conjoint d'un citoyen de l'Union européenne depuis 2016 et ne vise pas l'article
L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle méconnaît la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et le droit au séjour permanent institué par cette directive, dès lors qu'il aurait dû se voir remettre un récépissé, que son titre de séjour aurait dû être renouvelé automatiquement étant donné qu'il occupait un emploi, et que, résidant régulièrement en France depuis le 22 octobre 2017, soit depuis plus de cinq années, il a acquis un droit au séjour permanent ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace grave pour l'ordre public que constituerait sa présence en France et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'a été condamné qu'une seule fois et a purgé sa peine, qu'il a la qualité de conjoint d'une ressortissante portugaise depuis huit années ainsi que de père de trois enfants de nationalité portugaise, que sa conjointe a besoin de lui pour subvenir aux besoins de leurs enfants, et qu'il n'a pas été tenu compte de ses fortes attaches familiales en France, ni de son intégration professionnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
* cette décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que sa situation n'a pas été examinée au regard de celles de l'article L. 251-1 du même code ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;
-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
-la requête n° 2403809 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu :
-la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 24 avril 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Zanella, juge des référés, qui a informé les parties, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté en litige en tant qu'il oblige le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe son pays de renvoi, dès lors que l'exercice d'un recours en annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français est suspensif de l'exécution de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, des décisions qui peuvent l'assortir, et qu'il ne saurait être demandé au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative lorsque l'introduction de la requête en annulation de la décision en cause a pour effet de suspendre l'exécution de celle-ci ;
- les observations de Me Dieudonné de Carfort, représentant M. B, absent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant que : en ce qui concerne l'urgence, le requérant est le père de cinq jeunes enfants ayant la nationalité d'un État membre de l'Union européenne et nés en France ; en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour en litige, celui-ci est entaché d'un défaut d'examen de la situation du requérant, faute de faire état de la circonstance que celui-ci est conjoint et père de citoyens de l'Union européenne ;
- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. M. B, qui, de nationalité cap-verdienne, s'était vu délivrer, en sa qualité de conjoint d'une ressortissante portugaise, une carte de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union/ EEE/ Suisse - Toutes activités professionnelles ", laquelle était valable du 27 octobre 2017 au 26 octobre 2022, a fait l'objet, le 1er mars 2024, d'un arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur le refus de renouvellement de titre de séjour :
3. En premier lieu, s'il ne vise par l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont, au demeurant, relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français qui peuvent être prises à l'égard des citoyens de l'Union européenne et des membres de leur famille, et non aux refus de titre de séjour susceptibles d'être opposés à de tels étrangers, l'arrêté en litige vise en revanche les dispositions dont la préfète du Val-de-Marne a entendu faire application. Il mentionne par ailleurs, notamment, que M. B est le conjoint d'une ressortissante portugaise depuis 2016 et qu'il a déclaré être le père de cinq enfants, dont trois de nationalité portugaise.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que seuls quatre des cinq enfants de M. B résident en France et que, parmi ces quatre enfants, l'un n'a pas la qualité de citoyen de l'Union européenne.
5. En troisième lieu, les dispositions relatives au droit au séjour permanent de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ont été transposées en droit français, notamment à l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. / Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée. ".
6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été condamné, par jugement du tribunal correctionnel de Créteil en date du 9 mars 2022, à une peine de
quatre ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits d'agression sexuelle incestueuse commis sur un mineur de quinze ans par un ascendant entre le 26 juin et le 20 décembre 2020 et que, pendant l'exécution de cette peine et de la période de détention provisoire qui l'a précédée à compter du 18 janvier 2021, il n'a pu résider avec sa conjointe de nationalité portugaise.
7. Eu égard, notamment, à ce qui a été dit aux quatre points précédents, aucun des moyens dont le requérant fait état à l'appui de ses conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté en litige en tant qu'il lui refuse le renouvellement de son titre de séjour, tels qu'ils sont analysés dans les visas de la présente ordonnance, y compris ceux relatifs à l'audience publique, n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions qui l'assortissent :
8. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'exercice d'un recours en annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français est suspensif de l'exécution de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, des décisions qui peuvent l'assortir, notamment la décision relative au délai de départ volontaire et celle fixant le pays de renvoi. Or il ne saurait être demandé au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative lorsque l'introduction de la requête en annulation de la décision en cause a pour effet de suspendre l'exécution de celle-ci. Par suite, et alors que l'arrêté en litige fait par ailleurs l'objet d'une requête en annulation enregistrée sous le n° 2403809, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe son pays de renvoi sont irrecevables.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 23 mai 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,