mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PELLIET-RIBEYRE MURIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2024, notifié le 12 mars suivant, par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a désigné le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a interdit son retour sur le territoire français.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté en litige n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- il porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il porte atteinte aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le refus de lui accorder un délai pour quitter le territoire français est illégal dès lors que les motifs qui le justifient manquent en fait et ne peuvent pas caractériser un risque de fuite ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- le placement en rétention administrative est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024 à 11h47, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il justifie de la compétence de Mme D, directrice de l'immigration et de l'intégration, pour signer l'arrêté en litige ;
- cet arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait ;
- le requérant a été informé de son intention de prendre la mesure contestée et la possibilité de présenter des observations, ce qu'il n'a pas fait ;
- M. A a été condamné à une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans, par conséquent les conséquences de son éloignement sur sa vie privée et familiale résultent de cette décision judiciaire, et non de l'arrêté portant désignation du pays de renvoi ;
- il est tenu de pourvoir à l'exécution d'une peine judiciaire d'interdiction du territoire français, sauf pour le cas où le renvoi du ressortissant étranger exposerait ce dernier à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors que M. A ne fait état d'aucune crainte ;
- dans l'hypothèse où M. A soulèverait un moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, il serait inopérant dès lors que le requérant, de nationalité pakistanaise, n'entre pas dans le champ d'application de ces dispositions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement Européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Letort, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, dont l'existence n'est pas établie par les pièces du dossier ;
- et les observations de Me Pelliet-Ribeyre, représentant M. A, absent, qui soutient n'avoir pas été en mesure de rencontrer son client et se trouver dès lors dans l'impossibilité d'apporter des éléments complémentaires à la requête.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant pakistanais né le 12 novembre 1990 à Lahore (Pakistan), a été condamné le 23 mai 2022 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine d'emprisonnement de six mois pour violence aggravée par deux circonstances et violence commise en réunion, assortie d'une interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 26 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne a désigné le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a pris un arrêté fixant le pays de renvoi en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire dont M. A a fait l'objet, sur le fondement de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, cet arrêté a pour seul objet de fixer le pays à destination duquel le requérant a vocation à être éloigné et ne comporte aucune décision portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A ou interdiction administrative de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions présentées par le requérant contre de telles décisions, inexistantes, sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 février 2024 :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Seine-et-Marne du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme B D, directrice de l'immigration et de l'intégration, aux fins de signer les décisions relevant des attributions de sa direction, dont les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui le fondent. De plus, le préfet de Seine-et-Marne relève que M. A a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement de six ans assortie d'une interdiction définitive du territoire français, et que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être rejeté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ". Selon l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Si M. A soutient que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les conséquences de son éloignement sur sa vie personnelle ne résultent pas de la décision par laquelle le préfet a désigné le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office, mais de l'interdiction judiciaire prononcée à son encontre par le juge pénal. Il s'ensuit qu'un tel moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A n'apporte aucune précision sur la nature des risques actuels auxquels il serait exposé en cas de renvoi vers son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible.
9. En dernier lieu, il est constant que les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la situation personnelle de M. A résultent en l'espèce, non pas de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il a été l'objet. Par suite et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue avoir été relevé de la peine complémentaire ainsi prononcée à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle doit être écarté comme inopérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 26 février 2024 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé : C. LetortLa greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026