Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403915

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, M. A D C, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 15 février 2024 portant cessation des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à payer à son conseil la somme de 1 500 euros par application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, celle-ci renonçant dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il indique que, de nationalité sri-lankaise, il s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Val-de-Marne le 22 septembre 2023, qu'il a accepté des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, qu'il a indiqué à cette occasion qu'il disposait d'un hébergement chez un ami, qu'il a été orienté vers le service d'accompagnement de Créteil et qu'il a reçu, le 15 février 2024, une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il n'a aucun moyen de se loger et de subvenir à ses besoins, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est insuffisamment motivée, car elle ne mentionne pas la proposition d'hébergement qu'il aurait refusé, qu'il n'est pas établi qu'une information complète lui ait été donnée à l'occasion de l'entretien de vulnérabilité sur les conséquences d'un refus d'un hébergement, qu'elle n'a pas pris en compte sa situation personnelle, qu'elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 30 mars 2024 sous le n° 2403955, M. C a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 25 avril 2024, tenue en présence de

Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de

Me Jaslet, représentant M. C, requérant, absent, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite et qui indique que ce n'est pas lui qui a rempli la fiche d'évaluation.

Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1 M. C, ressortissant sri-lankais né le 30 juin 1984 à Jaffna, a présenté une demande d'asile le 22 septembre 2023 qui a été placée en procédure " Dublin ", ses empreintes ayant été identifiées en Allemagne en octobre 2013 et en Suisse en avril 2019, deux pays dans lesquels il avait déposé une demande d'asile qui avait fait l'objet d'un rejet. Lors de l'entretien de vulnérabilité, il a indiqué notamment qu'il était hébergé de manière précaire par un ami à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Il a été invité à se présenter au service d'accompagnement des demandeurs d'asile de Créteil (Val-de-Marne) le 27 septembre 2023 et les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile lui ont été accordées. Le 16 janvier 2024, il lui a été demandé de se présenter au centre d'hébergement d'urgence des 1demandeurs d'asile de Créteil. Il a refusé cette orientation. Par une décision du 24 janvier 2024, la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de cesser de lui faire bénéficier de ces conditions matérielles d'accueil. Le pli n'a pas été réceptionné par M. C. Cette cessation est devenue effective le 15 février 2024. Par une requête du 30 mars 2024, il a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

4 Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier, à la date de l'ordonnance, objectivement et globalement, et tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.

5 Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () ".

6 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, après avoir été dûment informé le 22 septembre 2023 dans une langue qu'il avait dit comprendre des conséquences d'un refus de l'hébergement proposé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a refusé le 16 janvier 2024 un hébergement à Créteil, lequel lui avait été proposé parce qu'il avait précisé, lors de l'entretien de vulnérabilité de septembre 2023, que son hébergement " chez un ami " était précaire. Il s'est ainsi placé lui-même dans la situation qu'il déplore. Il ne saurait donc se prévaloir d'une situation d'urgence qui résulte de sa propre décision et qui en est la conséquence.

7 Il résulte de ce qui précède que, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête de M. C ne peut qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Le juge des référés,La greffière,

B : M. AymardB : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,