Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403918
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2024, complétée le 25 avril 2024,
Mme C B, représentée par Me Boulestreau, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite opposée par le préfet de
Seine-et-Marne refusant le renouvellement de son admission au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de statuer sur sa demande de renouvellement d'admission au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour assorti d'une autorisation de travail d'une durée de six mois dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Elle indique que, de nationalité congolaise, elle est en France depuis 2014, qu'elle a deux enfants de nationalité française, qu'elle attend son troisième enfant, qu'elle a bénéficié de cartes de séjour en qualité de parent d'enfant français, qu'elle en a demandé le renouvellement le 14 décembre 2020 et qu'elle n'a reçu depuis cette date que des récépissés dont le dernier n'a pas été renouvelé, qu'une décision implicite de rejet doit donc être réputée lui avoir été opposée, dont elle a demandé la communication des motifs le 19 mars 2024, sans obtenir de réponse.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que cette décision est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de motifs du 19 mars 2024, qu'elle a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle est la mère d'un enfant français et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 § 1 de la Convention internationale sur les droits de l'enfant.
La requête a été communiquée le 3 avril 2024 au préfet de Seine-et-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 1er avril 2024 sous le n° 2403971, Mme B a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 25 avril 2024, tenue en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence de la requérante et du préfet de Seine-et-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise née le 5 mai 1989 à Brazzaville, entrée en France le 29 mai 2014, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle de
deux ans délivrée par le préfet de Seine-et-Marne et valable jusqu'au 1er mai 2020 en qualité de parent d'enfant français. Elle est en effet la mère d'un enfant de nationalité française né en mai 2014 et a un deuxième enfant né en octobre 2020. Elle en a demandé le renouvellement le 14 décembre 2020 et n'a obtenu que des récépissés de demande de titres de séjour dont le dernier était valable du 7 décembre 2023 au 6 mars 2024 et n'a pas été renouvelé. Elle a considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet dont elle a demandé, par l'intermédiaire de son conseil, au préfet de Seine-et-Marne de lui communiquer les motifs par une lettre reçue en préfecture le 20 mars 2024. N'ayant reçu aucune réponse, elle a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision par une requête enregistrée le 1er avril 2024, et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution. Mme B a été licenciée de son emploi qu'elle occupait depuis le 17 septembre 2018 auprès de l'association " Les Bruyères ", gérante de la résidence " Lucie et Edgar Faure " de Boissise-La-Bertrand (Seine-et-Marne) à la date du 7 mars 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date d'échéance du dernier titre de séjour pluriannuel de la requérante : " : Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient ". Aux termes de l'article R. 311-2 du même code, dans sa version applicable à la même date : " La demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : () 4° Soit dans le courant des
deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire, sauf s'il est titulaire du statut de résident de longue durée-UE accordé par la France en application des articles L. 314-8, L. 314-8-1 et L. 314-8-2. A l'échéance de ce délai et en l'absence de présentation de demande de renouvellement de sa carte de séjour, il justifie à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la précédente carte de séjour pluriannuelle de Mme B était valable jusqu'au 1er mai 2020. Elle devait donc déposer sa demande de renouvellement au plus tard dans les deux mois précédant cette date. Elle n'a effectué cette démarche que le 1er décembre 2020, soit plus de six mois plus tard. Sa demande ne pouvait donc être analysée que comme une première demande de titre de séjour et était soumise aux conditions mentionnées à l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à cette date, reprises à l'article R. 431-8 du même code dans sa version applicable depuis le 26 mars 2021.
7. Dans ces conditions, Mme B, qui n'apporte aucune explication ni aucune justification au retard observé pour demander le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, qui n'établit pas au surplus avoir disposé d'un visa lors de son entrée sur le territoire le 29 mai 2014, et qui doit donc être considérée comme ayant sollicité la délivrance d'une première carte de séjour, ne fait valoir aucune circonstance particulière caractérisant pour elle la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle formée contre la décision contestée.
8. Par suite, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête de
Mme B ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B n'est pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,