Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404077

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête n° 2403142, enregistrée le 14 mars 2024, M. A C, représenté par Me Cecen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision définitive sur sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est insuffisamment motivée ;

* méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 21 mai et 11 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

II°) Par une requête n° 2404077, enregistrée le 31 mars 2024, M. A C, représenté par Me Cecen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) suspendre l'obligation de signature en raison de l'état de santé du requérant.

M. C soutient que l'arrêté portant assignation à résidence :

- est entaché d'incompétence ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français sans délai devenue caduque par l'édiction d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français prévoyant un délai de départ volontaire de trente jours.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 21 et 22 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Cecen, représentant M. C, absent car éloigné avant l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, le droit au maintien sur le territoire à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- et Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente qui reprend les moyens du mémoire en défense.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h42.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc d'origine kurde, né le 17 octobre 1996 à Elazig (République de Turquie), entré en France le 20 décembre 2017 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 13 juillet 2020 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 décembre 2021 selon ses déclarations. Il ressort de la fiche pénale produite en défense que l'intéressé a été condamné le 2 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'emprisonnement de deux ans dont vingt mois avec sursis, et non de six mois comme indiqué dans l'arrêté contesté du 28 avril 2024, pour des faits de destruction, dégradation ou détérioration d'un bien appartement à autrui et dégradation ou détérioration d'un bien d'autrui aggravé par deux circonstances puis le 14 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'emprisonnement de quatre ans dont dix mois avec sursis pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, et financement d'entreprise terroriste et terrorisme, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il ressort toujours du même relevé " TelemOfpra " que M. C a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile le 20 décembre 2023 qui a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office le 2 janvier 2024 contre laquelle il a introduit un recours devant la Cour enregistré le 17 février 2024. La préfète du Val-de-Marne a pris le 27 décembre 2023 un arrêté, notifié le jour même, obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contre lequel les conclusions en annulation ont été rejetées par un jugement n° 2315548 du 16 janvier 2024 du tribunal administratif de Montreuil. Selon le mémoire en défense et les termes de l'arrêté contesté du 28 mars 2024, la même autorité a édicté un arrêté du 12 février 2024, notifié le 13 février 2024, assignant à résidence le requérant pour une durée de quarante-cinq jours. Par arrêté du 26 février 2024, la préfète du Val-de-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par arrêté du 28 mars 2024, la même autorité a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Selon le mémoire en défense dans l'instance n° 2404077, la préfète du Val-de-Marne a placé en rétention administrative le requérant le jour même. Selon les mémoires en défense produits dans chacune des deux instances, M. C a été éloigné le 12 avril 2024. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 26 février 2024 ainsi que celui du 28 mars 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2403142 et n° 2404077 présentent à juger à titre principal de la légalité des décisions d'éloignement et de renouvellement d'une assignation à résidence prises à l'encontre d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de suspension et d'annulation contenues dans la requête n° 2403142 (obligation de quitter le territoire français et pays de destination) :

En ce qui concerne la conclusion tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article. L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article. L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

4. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office. À l'appui de ses conclusions à fin de suspension, qui peuvent être présentées sans le ministère d'avocat, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement (CE, avis, 16 octobre 2019, n° 432147, B).

5. En l'espèce, il ressort du seul document relatif à la demande d'asile de M. C mise au dossier, à savoir la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 2 janvier 2024, décrite au point 14 infra, que les organes de l'asile (Ofpra et CNDA) ont manifestement rejeté ladite demande d'asile de M. C par application de la clause d'exclusion prévue au paragraphe F sous c de l'article 1er de la Convention de Genève susvisée. Toutefois, à cet égard, ne figurent pas au dossier les décisions juridictionnelles pénales ayant conduit à ce que les organes de l'asile retiennent ladite clause d'exclusion ne mettant ainsi pas le juge en l'état d'apprécier les faits reprochés, la seule production de la fiche pénale étant sur ce point insuffisante dès lors qu'elle n'atteste que de la qualification juridique de l'incrimination pénale retenue par le juge pénal sans préciser les faits jugés ayant conduits à ladite qualification pénale. À cet égard, la circonstance, attestée, que M. C a été arrêté par les forces de sécurité turques à son arrivée en République de Turquie suite à son éloignement forcé, malgré le caractère suspensif du recours formé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par la préfète du Val-de-Marne, est insuffisante à elle-seule eu égard au motif tiré de la clause d'exclusion par les organes de l'asile dans les conditions décrites précédemment. Par ailleurs, les documents judiciaires turcs transmis à l'appui de la présente requête ont été présentés également à l'appui de la demande de réexamen de la demande d'asile par M. C ainsi que cela ressort de la lecture de la décision de rejet de l'Office du 2 janvier 2024 en sorte qu'ils ne peuvent être considérés comme nouveaux. Dans ces conditions en l'espèce, le juge n'est pas en mesure d'apprécier, dans le cadre de son office de plein contentieux qui est le sien au sens des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 éclairées par l'avis contentieux rendu par le Conseil d'État cité au point 4, s'il existe un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision d'irrecevabilité opposée à M. C par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Par suite, la conclusion tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être rejetée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

7. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 23 du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 542-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; " aux termes duquel : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Selon l'article L. 531-42 de ce code : " À l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenu après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. / Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien. / Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité. ".

9. Il ressort de la décision de rejet du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 2 janvier 2024 citée au point 1, présentée à l'audience et mise au contradictoire par le magistrat désigné, que l'Office a prononcé un rejet fondé explicitement sur les dispositions des articles L. 531-32 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point précédent, ce qui correspond à la mention " ADC " pour " absence de risques " portée sur le relevé " TelemOfpra " cité au point 1. En application des dispositions citées au point précédent, le droit de M. C à se maintenir sur le territoire français a ainsi pris fin avec l'intervention de cette décision de l'Ofpra le 2 janvier 2024, en application du b) du 1° de l'article L. 542-2 de ce même code (voir par exemple CAA Paris, 17 octobre 2023, n° 22PA05007) qui lui a été notifiée le 18 janvier 2024 soit antérieurement à l'arrêté en litige (voir par exemple CAA Toulouse, ordo, 3 octobre 2023, n° 23TL00653 ou CAA Lyon, 30 mai 2023, n° 22LY02443). Par suite, et même si la préfète motive à tort sa décision par la seule décision précitée du 2 janvier 2024, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit de se maintenir sur le territoire français doit être écarté.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit () qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre I de la présente Convention. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Tout d'abord, la Cour européenne des droits de l'homme a posé l'importance que revêt l'obligation posée par l'article 1er de la Convention, au regard de l'article 3 de la même Convention, en précisant qu'elle " impose aux Hautes Parties contractantes de garantir à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés consacrés par la Convention leur commande de prendre des mesures propres à empêcher que lesdites personnes ne soient soumises à des tortures ou à des traitements inhumains ou dégradants " (23 septembre 1998, A. c. Royaume-Uni, Recueil 1998-VI, p. 2699, § 22). Ensuite, la Cour a déduit de l'importance des droits conférés par l'article 3 de la Convention et compte tenu de la circonstance que ces stipulations consacrent l'une des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques (7 juillet 1989, Soering c. Royaume-Uni, série A n° 161, p. 34, § 88) que, pour que ces droits soient effectifs, il faut qu'elle se prononce sur l'existence des risques encourus à la date à laquelle elle se prononce selon une appréciation dite ex nunc (15 novembre 1996, Chahal c. Royaume-Uni, n° 22414/93, § 97) afin de pouvoir prendre en compte la réalité des risques notamment lorsque la situation dans le pays d'éloignement a changé après la décision en litige prise (23 mars 2016, F.G. c. Suède, n° 43611/11, § 115 ). À cet égard, la Cour précise que " le principe de l'évaluation ex nunc a pour finalité principale de fournir une garantie lorsqu'un laps de temps notable s'est écoulé entre l'adoption de la décision interne et l'examen par la Cour du grief de violation de l'article 3 exposé par le requérant, et donc lorsque la situation dans le pays de destination a peut-être évolué en ce qu'elle se serait détériorée ou améliorée " (GC, 29 avril 2022, Khasanov et Rakhmanov c. Russie, n 28492/15 et n° 49975/15, § 106) et que " tout constat relatif à la situation générale dans un pays donné et à sa dynamique ainsi que tout constat relatif à l'existence de tel ou tel groupe vulnérable procède par essence d'une appréciation factuelle ex nunc à laquelle elle se livre sur la base des éléments disponibles " (Khasanov et Rakhmanov c. Russie, § 107, précité). Il résulte de ce qui précède que le juge interne, dans l'examen du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention, doit également se placer à la date à laquelle il statue afin de procéder à une évaluation ex nunc de la situation de l'étranger au regard du pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office (F.G. c. Suède, § 115, précité).

13. M. C fait valoir qu'il encourt un risque en retournant en République de Turquie en raison de son engagement politique et des condamnations dont il fait l'objet sur le fondement de la loi relative au terrorisme.

14. À cet égard, premièrement, il est exact que sa première demande d'asile a été rejetée tant par l'Ofpra que par la CNDA puis que sa demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par l'Office par une décision du 2 janvier 2024. La première décision de rejet de l'Office et la décision de la Cour ne sont pas produites en sorte qu'il n'est pas possible au juge de déterminer, à leur lecture, les motifs retenus par ces instances devant alors se limiter à celle de la décision du 2 janvier 2024 de l'Office qui reconnaît l'engagement pro-kurde de l'intéressé et que " les services spécialisés avaient informé l'Ofpra de son engagement dans la branche jeunesse du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tout en soulignant le caractère violent et radical de cet engagement " et qu'il " était également précisé que l'intéressé avait occupé un poste de responsable régional du mouvement en France et qu'il était également réputé susceptible de mener des activités transfrontières " et que, " s'il a refusé, au cours de ses deux entretiens à l'Office, de s'exprimer sur les motifs pour lesquels il avait été incarcéré en France, les éléments du dossier permettent de tenir sa participation matérielle aux actes précédemment identifiés pour établie ". L'Office continue en indiquant que " si la CNDA a établi, dans sa décision du 13 décembre 2021 l'engagement politique de l'intéressé pour la cause kurde, elle a néanmoins estimé que celui-ci ne faisait l'objet d'aucune poursuite actuelle de la part des autorités turques ". L'Office poursuit en indiquant que " À l'appui de sa demande de réexamen enregistrée le 20 décembre 2023, l'intéressé indique que, postérieurement à la décision de la Cour du 13 décembre 2021, soit le 27 décembre 2021, la 3ème chambre pénale de la Cour de Cassation turque a confirmé le jugement n° 02021/11218 pris à son encontre par la 5ème chambre de la Cour d'Assises de Diyarbakir et la condamnation à une peine de six ans et trois mois d'emprisonnement pour "appartenance à une organisation terroriste' " et qu'il " produit les copies traduites d'une fiche de peine émise par le Procureur général de Diyarbakir le 28 février 2022 dans laquelle est notifiée la durée de sa condamnation, d'une demande d'exécution de sa peine adressée par le Procureur général de Diyarbakir au bureau d'exécution des peines le 28 février 2022, d'un arrêt de la Cour de Cassation du 27 décembre 2021 accusant l'intéressé d'appartenir à une organisation terroriste armée et d'une décision définitive établie par la 5e chambre de la Cour d'Assises de Diyarbakir en date du 28 février 2022, confirmant la condamnation de l'intéressé ". L'Office en déduit que " les documents judiciaires verses par l'intéressé à l'appui de sa demande de réexamen, versés sous forme de copies traduites, ne peuvent être considérés comme revêtus de valeur probante en l'absence de déclarations pertinentes " et que " les déclarations écrites qu'il produit sur ces documents dans le cadre de sa demande de réexamen se révèlent particulièrement vagues et peu circonstanciées ".

15. Deuxièmement, dans l'exercice de l'appréciation que le juge national doit porter sur l'existence ou non d'un risque de violation des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le point de savoir si le comportement de l'étranger concerné constitue une menace pour l'ordre public dans le pays dont la décision d'éloignement est contestée n'est pas un élément à prendre en considération selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. La question qui doit être examinée par le juge national est uniquement celle de " l'appréciation du risque [qui] doit se concentrer sur les conséquences prévisibles du renvoi de la personne concernée vers le pays de destination, compte tenu de la situation générale dans celui-ci et des circonstances propres à l'intéressé " en sorte qu'il " faut rechercher si, eu égard à l'ensemble des circonstances de la cause, il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à un traitement contraire à l'article 3 " pour conclure que, " si l'existence d'un tel risque est établie, le renvoi du requérant emporterait nécessairement violation de l'article 3, que le risque émane d'une situation générale de violence, d'une caractéristique propre à l'intéressé, ou d'une combinaison des deux " (Khasanov et Rakhmanov c. Russie, § 95, précité). Cet examen perdure même si l'étranger concerné a été éloigné comme en l'espèce, alors même que le recours formé contre la décision en litige est suspensif de l'exécution forcée de la décision contestée.

16. D'une part, il ressort des documents produits au dossier que M. C a été condamné en République de Turquie en application de la loi antiterroriste à une peine d'emprisonnement de six ans et trois mois et que cette condamnation est définitive. Il ressort de la décision de l'Office que l'engagement pro-kurde de l'intéressé est reconnu par les organes de l'asile ainsi de même que sa forte visibilité au regard des différentes actions menées, même si certaines peuvent être considérées comme répréhensibles. Il ressort encore des pièces du dossier que la CNDA a été saisi d'un recours contre cette décision de l'Office du 2 janvier 2024 et que, dans le cadre de l'examen du dossier, elle a ordonné une mesure d'instruction fondée sur l'article R. 532-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel " La Cour nationale du droit d'asile peut prescrire toute mesure d'instruction qu'elle juge utile. " en demandant de produire tout document judiciaire relatif aux procédures judiciaires dont le requérant a fait l'objet, dans un délai de deux semaine, mesure datée du 15 mai 2024. L'article de presse produit à l'audience indique que M. C a, à son arrivée dans son pays d'origine suite à son éloignement forcé par l'État malgré le caractère suspensif de la présente procédure, été arrêté et envoyé à la prison de Metris à Istanbul sans avoir le droit de voir ses avocats et qu'il souffre du syndrome de Marfan, une maladie génétique rare, et que ses avocats ont exigé qu'il soit transféré à l'hôpital, qu'il bénéficie de conditions de traitement conformes à la dignité humaine et qu'il soit autorisé à rencontrer ses conseils pour bénéficier d'une assistance juridique effective sans succès à ce stade. D'autre part, le juge peut, lorsque le moyen est soulevé devant lui, ce qui est le cas en l'espèce dès la requête, procéder à des recherches sur ce point à charge pour le juge de mettre au contradictoire le résultat de ses recherches si elles ne ressortent pas de documents librement accessibles. À cet égard, les termes de l'article de presse précité est confirmé par d'autres sources librement accessibles (France/Turquie : A C extradé et emprisonné, Secours rouge, 14 avril 2024 ; La France continue à livrer des réfugiés kurdes à la Turquie, Kurdistan au féminin, 11 avril 2024 ; Le militant kurde A C emprisonné en Turquie après son expulsion par la France, Rojinfo, 13 avril 2024 ; MARSEILLE. Les Kurdes dénoncent l'expulsion des militants kurdes vers la Turquie, Kurdistan au féminin, 14 avril 2024), un article précisant également que le requérant a en outre subi deux pneumothorax et souffre de graves problèmes d'estomac. Par ailleurs, les propos tenus à l'audience et dans les écritures s'inscrivent dans un contexte publiquement documenté puisque, depuis la rupture du processus de paix entre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le gouvernement turc en juillet 2015, non seulement les militants kurdes mais aussi ceux qui leur sont assimilés, apparaissent comme les victimes d'une violente répression de la part des autorités. Cette répression s'est considérablement durcie depuis la tentative de coup d'État du 14 juillet 2016, comme l'ont relevé le rapport du Conseil de l'Europe publié le 12 décembre 2016 et le rapport annuel de l'organisation non-gouvernementale Human Rights Watch (HRW) sur la Turquie, publié le 12 janvier 2017. En outre, le rapport de HRW, World Report 2018 - Turkey, publié en janvier 2018, et celui du 17 janvier 2019 intitulé " Turquie : fin de l'état d'urgence, poursuite de la répression ", ajoutent que l'autoritarisme croissant du régime s'est accompagné d'un recours excessif à la force par la police et l'armée contre les groupes considérés comme des opposants au régime et d'une répression accentuée envers la minorité kurde. De surcroît, il est à noter que le Home Office dans sa " Country Policy and Information Note - Turkey : Kurdistan workers party (PKK) ", publié en février 2020, relève notamment que depuis 2015, l'intégration dans le droit commun de mesures adoptées pendant l'état d'urgence visant à lutter contre le terrorisme, ont entrainé l'arrestation de dizaines de milliers de personnes suspectées de soutien à des organisations terroristes. Le même organisme, dans sa note " Country Policy and Information Note - Turkey : Peoples' Democratic Party (HDP) ", publiée en mars 2020, souligne que l'escalade des tensions avec le PKK a conduit à une montée des persécutions à l'encontre des militants du HDP et que les lois anti-terroristes sont largement utilisées par les autorités pour museler les opposants en les accusant à tort d'entretenir des liens avec le PKK (voir par exemple CNDA, 30 avril 2024, n° 24005348).

17. Il résulte de ce qui a été dit des points 8 à 13 que M. C justifie un engagement pro-kurde avéré et une visibilité toute particulière en sorte que, par ces seuls éléments, une répression à son égard d'une forte intensité en cas de retour en République de Turquie est à craindre au sens des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales mais également au sens d'autres dispositions de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme les droits de la défense. Dans ces conditions, M. C doit être considéré comme encourant un risque personnel et actuel au sens de stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

Sur les conclusions à fin d'annulation dans l'instance n° 24004077 (assignation à résidence) :

18. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). ".

19. Il ressort des termes de l'arrêté contesté du 28 mars 2024 que la préfète du Val-de-Marne s'est fondée, pour édicter la décision en litige, sur " l'assignation à résidence, notifiée le 13 février 2024 " et une " obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par la Préfète de Val-de-Marne le 27/12/2023, notifiée le 27/12/2023 et assortie d'une interdiction de retour de 3 ans ". De première part, si, à l'audience, le conseil de la préfète sous-entend que la mesure contestée n'aurait plus d'objet dès lors que M. C a été placé en rétention administrative, il est constant que la préfète n'a jamais fait part au Tribunal, contrairement à l'obligation qui lui est faite, de ce placement en rétention. De deuxième part, la préfète n'a jamais transmis en défense l'arrêté portant assignation dont l'arrêté contesté est le renouvellement ne mettant ainsi pas le juge en mesure d'apprécier la base légale de la mesure contestée dans le cadre de la présente audience qui est explicitement, selon les termes de l'article 1er de la mesure contestée, la prolongation de celle notifiée le 13 février 2024 au demeurant non mentionnée dans les visas et dont la date est inconnue, seule la date de notification étant indiquée. De dernière part, il est constant que l'arrêté du 26 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, objet du recours n° 2403142, est postérieur à l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans qui est le fondement de la mesure contestée du 28 mars 2024 qui est elle-même postérieure à l'arrêté du 26 février 2024. Or, s'il est de jurisprudence constante qu'une obligation de quitter le territoire français postérieure ne rend pas " caduque ", c'est-à-dire qu'elle n'abroge pas implicitement mais nécessairement, une obligation de quitter le territoire français précédente, en revanche une décision accordant un délai de départ volontaire postérieure à une décision refusant un délai de départ volontaire doit être considérée comme abrogeant implicitement mais nécessairement celle refusant un délai de départ volontaire. En effet, si l'autorité administrative prend une nouvelle décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français et décide, à l'issue du réexamen de sa situation, d'assortir cette obligation d'un délai de départ volontaire, elle doit être regardée comme ayant prononcé une décision en lieu et place de la précédente décision ayant le même objet (délai de départ volontaire), qui est ainsi implicitement mais nécessairement abrogée (voir mutatis mutandis CE, 25 avril 20234, n° 491312, B éclairé par les conclusions du rapporteur public librement accessibles sur le site Arianeweb), ce qui a pour conséquence en sus, en l'espèce, d'abroger implicitement mais nécessairement par voie de conséquence l'interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté du 27 décembre 2023 car explicitement fondée sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que cela ressort clairement de la motivation de l'arrêté du 27 décembre 2023 produit au dossier. En l'espère, l'arrêté du 26 février 2024 précité a accordé un délai de départ volontaire de trente jours pour exécuter la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, cette décision d'octroi de ce délai de départ volontaire a nécessairement abrogé celle refusant le délai de départ volontaire contenue dans l'arrêté précité du 27 décembre 2023 en sorte que, alors que le délai de trente jours n'était pas échu à compter de la notification de l'arrêté du 26 février 2024 précité, M. C ne pouvait plus faire l'objet ni d'une prolongation d'une assignation à résidence ni d'une assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

20. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 février 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'il concerne la République de Turquie mais pas la décision du même jour de la même autorité prolongeant son assignation à résidence, ainsi que l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction (requêtes n° 2403142 et n° 24004077) :

21. En premier lieu, l'annulation, dans l'instance n° 2403142, de la décision fixant le pays de destination en tant qu'elle fixe la République de Turquie n'implique aucune mesure d'injonction particulière.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français. ".

23. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C a été éloigné de force, alors que le recours formé contre la décision 26 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français avait un caractère suspensif d'une telle exécution, l'annulation prononcée de l'assignation à résidence du 28 mars 2024 n'implique aucune injonction dans l'instance n° 24004077.

Sur les frais liés au litige (requête n° 2403142) :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a fixé le pays à destination duquel M. A C pourra être éloigné d'office est annulée en tant qu'elle fixe la République de Turquie comme pays de destination, sans que M. A C soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : L'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulée.

Article 3 : L'État (préfète du Val-de-Marne) versera à M. A C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de la requête n° 2403142.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

N° 240314