Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404375
lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Lassort, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision née le 1er août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour selon la jurisprudence administrative ; elle s'est vu retirer le droit d'exercer une activité professionnelle ; elle est exposée à un risque d'éloignement alors qu'elle réside en France depuis 2015, y a effectué sa formation et a occupé des emplois ; elle a développé sa situation personnelle et familiale sur le sol français ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision de refus de titre de séjour est absente de motivation en droit et en fait ; elle a sollicité la communication des motifs de la décision ; l'administration n'a pas répondu ;
- les stipulations de l'article 3 de la convention bilatérale entre la France et le Maroc et les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues : elle est titulaire d'un CDI conclu avec la société Sophia depuis décembre 2022 ; pour ce poste elle bénéficie d'une autorisation provisoire de travail ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du même code : elle est mariée avec un ressortissant français depuis le 18 mars 2022 ; l'administration en a été avisée le 1er avril 2022 ; la communauté de vie est établie depuis la date du mariage ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues et la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où elle est arrivée en France il y a neuf ans ; elle a toujours étudié ou travaillé et est mariée avec un ressortissant français ; elle justifie d'une intégration dans la société française ;
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne représentée par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requérante à la suite de son dépôt de changement de statut s'est vu demander par les services préfectoraux des justificatifs de vie commune le 8 mars 2023 qu'elle n'a pas fournis ; elle a rendez-vous le 7 mai 2024 à 11 heures pour mettre jour son dossier ; elle a reçu un courrier électronique en ce sens le 25 avril 2024 ; elle ne peut donc valablement invoquer une urgence à statuer sur sa demande dès lors que l'urgence invoquée résulterait d'une situation dans laquelle elle se trouve elle-même placée dès lors qu'elle a refusé de communiquer les pièces complémentaires demandées ; elle sera en conséquence déboutée de sa condamnation aux frais irrépétibles.
Vu :
- la décision attaquée du 1er août 2022 et la copie de la requête n°2404376 aux fins d'annulation présentée contre cette décision.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience du 30 avril 2024, présenté son rapport, en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, et entendu :
- les observations de Me Dubreuil substituant Me Lassort, représentant Mme B, qui persiste en tous points dans les termes de sa requête ;
- les observations de Me Rahmouni substituant Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne qui persiste en tous points dans les termes du mémoire en défense.
Le juge des référés a clos l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 29 mai 1997 à Sidi Moumen (Maroc), est entrée en France, selon ses déclarations en septembre 2015 sous couvert d'un visa étudiant et a obtenu un titre de séjour étudiant régulièrement renouvelé dont le dernier expirait le 23 février 2022 ; elle a sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par la présente requête, Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision du 1er août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé implicitement de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et l'article L. 522-1 dudit code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : "La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
Sur l'urgence :
3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ; cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait d'un titre de séjour ; dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence ; il en est plus particulièrement ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. La requête de Mme B tend à la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour temporaire en qualité de conjoint de français qui lui a été opposée par la préfète du Val-de-Marne le 1er août 2022 ; il ressort des pièces du dossier et en particulier du mémoire en défense qu'avant l'enregistrement de sa requête en référé, des pièces complémentaires ont été demandées à la requérante par les services de la préfecture du Val-de-Marne : Mme B s'est abstenue de répondre à cette demande ; au surplus, elle a rendez-vous à la préfecture le 7 mai 2024 à 11 heures pour mettre à jour son dossier ; eu égard à ces circonstances, la condition d'urgence n'est pas remplie.
5. En l'état de l'instruction, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, l'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative n'étant donc pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de ladite décision ; par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : J-R GuillouLa greffière,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2404375